Du fil à retordre

téléchargementEncore du Feydeau au programme à La Baleine hier soir avec « Un fil à la patte », une pièce écrite à la fin du XIXème siècle, dont le texte a très mal vieilli. Une histoire comme on n’oserait plus en écrire tant la trame est convenue. On évolue dans un milieu d’aristocrates oisifs et hypocrites, lesquels trompent leur ennui (mais pas le nôtre) avec force mièvreries sucrées et autres marivaudages languissants, cocottes ou gourgandines, jolis cœurs ou rastaquouère bravache à l’accent caricatural, midinette évaporée ou diva de pacotille, et autres amants dans des placards, des portes qui claquent… Inutile d’en dire plus, tant c’est une intrigue sans intérêt, du scénario hors sol et sans intérêt, loin de toute réalité sociale, de l’agitation vaine dans un microcosme de bourgeois parvenus où l’argent pollue toutes les relations humaines, les rapports entre les sexes comme la fracture hiérarchique de classe. C’est dire qu’une fois de plus la Compagnie Hocemo, sous la direction d’une enfant du pays, affronte un pari difficile à relever: faire du neuf avec du suranné, trouver l’angle adéquat pour faire surgir d’une intrigue cousue de fil blanc et désuète comme pas possible une « modernité » éventuelle. Moins pire que du boulevard tout de vacuité mais un sacré défi que de dépoussiérer un vaudeville emblématique qui ronronne de quiproquos convenus en répliques du même acabit… La troupe a choisi la seule issue possible -sauf que certains acteurs n’ont pas l’âge du rôle-, jouer la comédie en mode survolté toujours à fond, dans l’esbroufe et la surenchère permanente, avec vociférations au besoin, autant d’artifices pour faire briller d’un « nouvel éclat » cette  farce toute de boursouflure. La mise en scène est dynamique à souhait dans un décor sobre mais ingénieux, avec en  fil rouge, lequel n’a jamais aussi bien porté son nom, cette couleur hautement symbolique tant elle brille de tentures en moelleux du sofa ou des chaises très stylées, via ici et là quelques rappels subtils dans les costumes ou les nombreux bouquets… ce rouge des cœurs qui palpitent malgré tout… Le plus intéressant se trouve dans les gimmicks qui introduisent chaque personnage et surtout dans les intermèdes jubilatoires entre les actes, avec des chansons toutes d’ironie, punchy et délicieusement subversives de Boris Vian ou des standards de jazz et autres parodies de Carmen… On y croise même un inspecteur Colombo désabusé. C’est ainsi que la troupe parvient en se démultipliant encore et encore à garder pendant près deux heures l’attention du public.                                                                               Pari réussi, peut-être,  mais qu’on aimerait revoir tous ces talents rebondir avec des textes beaucoup plus consistants ou plus contemporains!

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