Peintre en bâtiments

téléchargement«  Mr. Turner » le dernier film en date de Mike Leigh s’attache aux dernières années de la vie de ce personnage et en trace un portait tout d’ambiguïté. D’une part, le côté officiel, membre de la Royal Academy, peintre bien en cour, qui n’hésite à railler ni quelques-uns de ses pairs, et en particulier John Constable, mais aussi certains critiques d’art dont il mouche l’arrogance, de l’autre son versant plus intime, en particulier les relations incertaines et troubles qu’il entretient avec les femmes qui jalonnent son existence. Un tempérament rustre, presque animal, la démarche lourde, fieffé coureur de jupons qu’il trousse à tout va, mais aussi tout en retenues et en émotions aussi bien devant une prostituée devant laquelle il fond en larmes, que d’une immense tendresse pour sa logeuse devenue veuve une nouvelle fois … ce type détonne dans la société aristocratique policée où les crinolines rivalisent de fanfreluches et les costumes sont constamment  impeccables, alors que lui c’est toujours a minima qu’il se rend à ces rendez-vous mondains, dédain au bord des lèvres et réflexions narquoises. En plus, il grogne et éructe plus qu’il ne s’exprime vraiment, bourru jusqu’à étouffer,  avide d’amour et d’affection, mais tellement inadapté qu’il est incapable d’en offrir et de partager. Cette quête relationnelle dont il est frustré en permanence se traduit par des toiles incroyable de lumière, où les paysages de ports noyés de brume incandescente le disputent à des marines magnifiques avec bateaux prisonniers dans la tempête… une situation extrême qu’il expérimentera personnellement attaché au sommet d’un mât pour un surcroît de véracité dans ses tableaux. Taciturne et renfermé sur lui-même, extravagant de bipolarité complexe, exigeant et passionné, ballotté par les femmes qui l’entoure, dont il ne veut ou ne peut comprendre ni les désirs ni les attentes, ce film, par petites touches quasi impressionnistes, par des plans où la photo fait écho aux toiles évoquées, ou des contre-jours magnifiques, résonne d’authenticité, et se révèle,  in fine, en adéquation parfaite avec cet être aussi pathétique que poignant. Timothy Spall, bouleversant d’humanité l’incarne à la perfection. Il a reçu pour ce rôle le prix d’interprétation au dernier Festival de  Cannes.

 

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