Cent ans de gratitude

téléchargementIl hante la vie de son descendant depuis un siècle. Le 2ème classe Emile, Jacques, Jean Théron, fantassin né à Peux et Couffouleux dans le sud du département  en 1874 est mort sur le front le 31 mars 1915 dans un assaut sanglant pour prendre  la ligne 7 des collines de Bois le Prêtre en Meurthe et Moselle. Une victime anonyme parmi des millions d’autres dont le nom se retrouve aujourd’hui gravé sur un monument aux morts devant lequel on s’incline à intervalles réguliers sauf pour le chorégraphe Didier Théron qui, avec son spectacle « 14 », remonte le cours de l’histoire familiale et intime bien sûr, mais plus largement la mémoire collective, les traces de cette guerre qui a bouleversé le destin individuel et collectif de plusieurs générations. Pour ne rien oublier et rendre quasi immortel et vivace  chez chacun ce souvenir, ce sont  les corps des danseurs de sa compagnie qui sont mis à l’honneur, leur force athlétique, leur grâce sensuelle, leur vitalité charnelle, leur présence physique et leur humanité manifeste pour réinterprèter cette période de tragédie existentielle nourrie de douleurs et de souffrances. Quatre scènes distinctes se succèdent ainsi sur la scène de la M.J.C. de Rodez. Tout commence par un solo d’introduction, celui d’un soldat haletant, grognant, hurlant et pathétique de peur ou de désespoir qui termine à l’agonie, se prolonge par un ballet qui zèbre l’espace en permanence, une géométrie de déplacements robotisés, saccadés et angoissants, un groupe informel dont les yeux refusent de voir l’horreur, se protège maladroitement, des gueules cassées, des hommes meurtris, en sursis, souvent en position défensive d’où s’extirpe régulièrement, tour à tour, un individu tremblant et tétanisé… Au plus profond d’un conflit tentaculaire, ses stigmates indicibles, un moment extrêmement fort et douloureux accompagné de musiques crépusculaires où la troupe, dans tous les sens du terme, avance ou recule inlassablement pour souligner l’inutilité d’assauts purement tactiques, un maelström d’ironie tragique. Tout aussi terrifiant un duo de généraux, deux vieilles badernes aveuglées d’arrogance, dont les stratégies hésitantes se chiffreront en futurs cadavres dont ils n’ont que faire… Pour conclure un tableau plus symbolique entre gouttes de pluie et Marseillaise en sourdine, lequel explore les conséquences de cette Grande Guerre dévastatrice qui n’a épargné personne …                  Ce spectacle d’une fluidité poignante,  remarquable de bout en bout, est à l’affiche ce  soir encore à Decazeville. Aussi hypnotique que  fascinant.

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