Objectif guerre …guère objectif

téléchargementC’est un film aussi précieux que rare, un témoignage historique puisque composé uniquement d’images d’archives tournées par les nombreux opérateurs de cinéma qui ont couvert la Grande Guerre. Des images récupérées parmi les kilomètres de pellicule impressionnés, étalées sur les quatre années de ce conflit et montées en parallèle que commentent en voix off deux de ces opérateurs, l’un français et l’autre allemand. De cérémonies officielles où les généraux se congratulent en remises de médailles, de reportages sur les gueules cassées dans un hôpital de campagne en séquences sur le front, on voit comment « s’écrivent les mythes avec la caméra ». En effet, les services cinématographiques aux armées ont été mis à contribution des deux côtés pour imposer des images choisies, quitte à en faire des reconstitutions a posteriori, des fictions, les scénariser pour en obtenir une version compatible avec le moral des troupes ou de l’arrière, la censure veille quand il s’agit de montrer les pertes, les victimes ou les blessés. Faire du cinéma « un moyen moderne d’influence pour une guerre moderne » où filmer une cohorte de fantassins selon le cadrage, l’angle de vues, la plongée, les plans rapprochés peut devenir apologie de la victoire ou déprime de la défaite. « Le travelling est une affaire de morale » a résumé parfaitement plus tard Jean-Luc Godard.  La volonté de propagande des états-majors heurte la conscience des opérateurs eux-mêmes, outrés de voir comment leurs propres images sont détournées, sorties du contexte et transformées in fine pour devenir « le théâtre de la guerre », où la mort qui rôde doit d’abord s’accommoder des objectifs induits de manipulations ou de conquête de l’opinion publique. On s’aperçoit bien vite que l’idéologie imprègne tous ces extraits, la grande illusion à échelle démesurée. C’est tout l’intérêt de ce film « L’Héroïque cinématographe » de Agnès de Sacy et Laurent de Véray présenté hier à la médiathèque de Rodez, lequel s’inscrit dans le grand dossier proposé sur la 1ère Guerre Mondiale et qui se prolongera le jeudi 18 décembre prochain avec un film sur ce même conflit via les chansons de l’époque. Un court métrage d’animation avec des personnages en marionnettes « Lettres de femmes » d’ Augusto Zanovello éclaire d’une vision complémentaire subtile la mémoire de notre Histoire.

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