La révolution de Jasmine

téléchargementC’était avec « Jasmine » la dernière projection de la médiathèque pour ce mois du documentaire, un film d’animation d’Alain Ughetto qui tient à la fois de l’autofiction et du témoignage sur une période historique moderne : à savoir la prise de pouvoir des mollahs en 1979 après la fuite du Shah. C’est l’histoire d’un amour passionnel né dans les années 70 entre une étudiante iranienne en théâtre venue à Aix, laquelle y  rencontre l’auteur de ce film, dont il tirera trente ans plus tard, via des souvenirs sublimés, ce petit bijou où la flamme toujours ardente fait écho aux élans des cœurs et des corps. Pour traduire ses sentiments aussi magnifiés qu’idéalisés par la mémoire, il façonne des personnages en pâte à modeler, frémissants et vacillants, bleu pour elle, le souvenir de la couleur de ses yeux, jaune pour lui. Ils se retrouvent en Iran en pleine période révolutionnaire dans un pays en effervescence. Si, au début, Jasmine « différente,  mystérieuse et attirante »  soutient avec enthousiasme cette transition tumultueuse, très vite elle déchantera voyant combien les idéaux démocratiques sont torpillés par la république islamique totalitaire qui s’installe. Des allers-retours entre des images d’archive de l’époque filmées en super 8 et maintenant striées, délavées et piquées sont montées en parallèle avec ces miniatures palpitantes qui sont ballottées par les évènements. Les souvenirs des fastes de Persépolis font écho aux manifestations qui ramèneront Khomeiny au pouvoir. Les figurines enlacées et en apesanteur des deux amants se meuvent dans un Téhéran fantomatique de carton-pâte où des nuages enturbannés symbolisent l’ordre nouveau qui règne par la terreur.  Fragiles, en perpétuelle mutation, ces personnages en pâte à modeler bruissent de chair et de  sang avant de se dissoudre progressivement, dévorés qu’ils sont par l’implacable nouveau régime qui s’installe, celui de tous les fanatismes aussi haïssable que le précèdent. Un rendez-vous manqué sert d’épilogue à cette love story déchirante contrariée par l’Histoire en marche. Les lettres forcément persanes qui rythment ce film font partager aux spectateurs cette idylle incandescente que l’on devine impossible, rehaussée encore par cette technique d’animation qui transcende le fragile et l’éphémère.

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