Double je

téléchargement (1)Une histoire particulièrement déstabilisante, où le trouble se fait contagieux, la quête d’identité rebondit de personnage en personnage, où personne n’est jamais sûr ni de lui ni des autres, voilà comment on pourrait résumer brièvement l’intrigue du dernier film de François Ozon. « Une nouvelle amie » s’ouvre sur une absence envahissante, celle d’une toute jeune femme décédée, laquelle laisse dans un chagrin incommensurable sa famille et ses proches. La meilleure amie d’enfance de la défunte, avec qui elle partageait tout, se retrouve à veiller comme promis, sur une petite fille dont elle est la marraine, mais aussi, voire surtout, sur le mari éploré. Celui-ci, autant pour prolonger l’existence de celle qu’il a follement aimée que pour conjurer ce traumatisme indicible se travestit en femme, la sienne d’abord dont il porte amoureusement les vêtements les plus intimes, mais aussi par volonté de ressentir via ce changement symbolique, une autre perception du monde. Ce dédoublement de personnalité, cette ambiguïté équivoque masculin/féminin, d’abord fortuite deviendra de plus en plus nécessaire, obsédante, débordante et personne n’y résistera. Et chacun de s’interroger sur sa vraie nature, sa part d’ombre, l’ambivalence des sentiments, les limites à poser ou à transgresser, la bienveillance contre les préjugés, la culpabilité ou la frustration, la complicité et l’altérité. Beaucoup de tensions et de non-dits dans ce film souvent borderline, où le regard vacille en permanence, où l’apparence se fait miroir de l’âme, où le doute ou l’hésitation sont vecteurs de ressentis. Entre les différents protagonistes s’instaure un jeu tout sauf innocent, où chacun est sur le qui-vive, où le moindre frémissement de l’un se mue chez l’autre en abîme vertigineux… Des taches de rousseur qui illuminent le visage d’Anaïs Demoustier au corps épilé de Romain Duris, la caméra très fluide sait se faire complice des corps, des cœurs et des esprits pour nourrir toujours plus ce suspens existentiel. Les deux acteurs bouleversants de justesse jouent avec une infinie délicatesse cette plongée dans les tréfonds de soi, qui ne manque pas de chambouler toutes  les certitudes les plus fondamentales fussent-elles psychologiques ou sexuelles.         Un film salutairement vénéneux et riche de tous les possibles.

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