C’est dans l’R

R_113-pf-PRImpression en demie teinte après avoir vu le spectacle présenté hier soir à la Baleine par la compagnie de danse contemporaine Samuel Mathieu. Dans la note d’intention sur le petit flyer distribué à l’entrée de la salle, on lit la volonté du chorégraphe de proposer « un rondeau qui rompt pour une fois avec le passé qu’on lui octroie, qui épure et minimalise, qui ne retient qu’une lettre, la première de son nom » d’où le titre du spectacle « R » et de réinventer cette danse traditionnelle d’origine paysanne … Cela se traduit sur scène par une troupe de huit danseurs, autant d’hommes que de femmes, lesquels sont au centre, figés, en silence et enchevêtrés les uns les autres comme dans une mêlée informelle dont ils ne s’extrairont que très lentement et au ralenti. Déposés sur les côtés, des panneaux de bois identiques, une trentaine, que les danseurs vont agencés longuement et méticuleusement, version fun et déconcertante de compagnons du devoir posant du parquet flottant ? On ne sait, mais ça dure, dure pendant que live deux musiciens jouent quelques notes volontairement lancinantes et au tempo obsédant, de la musique a minima et des onomatopées psalmodiées en sourdine qui enveloppent ces mouvements d’une opacité sinistre funeste. Si on ajoute les cris crescendo des danseurs qui multiplient les poses immobiles et les bourdons plaintifs d’une cornemuse, l’inquiétude commence à poindre tant on craint un mélange d’ésotérisme débordant sous la patine d’un vernis moderniste. Heureusement, après cette intro interminable et peu convaincante, tout s’anime et devient beaucoup plus intéressant. Des corps à corps, des porters, des chorégraphies tumultueuses qui  jouent sur l’ambivalence, le déstructuré et interrogent sur l’identité, l’altérité et/ou la complémentarité. Les rampes lumineuses dont l’intensité ou les axes varient, métamorphosent l’intrigue et laissent deviner au contraire tout l’enjeu culturel, historique ou social que véhiculent ces pas. Le rondeau se transcende, devient melting pot bouillonnant, capharnaüm revisité, duos langoureux, trios ou quadrilles improbables, une joute gestuelle superbement interprétée qui questionne et déstabilise. Là, on est au cœur du sujet: l’ensemble de la troupe donne le meilleur, les artistes virevoltent, tourbillonnent et se démultiplient pour ouvrir en abîme d’infinis horizons… la quadrature du cercle dissoute dans le désir et la sensualité .                On n’en regrette que davantage l’entrée en matière aussi laborieuse qu’artificielle.

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