Fils à maman

téléchargementDur et dérangeant, le genre de film qui ne peut laisser indiffèrent tant il intrigue autant qu’il déstabilise, une version explosive des rapports conflictuels entre une mère et son fils unique dont la soif d’amour absolu, mutuel et exclusif devient aussi bouleversant qu’inquiétant, aussi vénéneux que crépusculaire. Dans  » Mommy  » son dernier film en date, Xavier Dolan, le jeune prodige québécois qui fit grand bruit à Cannes au dernier Festival et fut récompensé d’un Grand Prix du Jury, autopsie sans complaisance avec force douleurs, cris, heurts et revirements, leurs liens affectifs aussi complexes que torturés. Tout tourne autour d’eux, aucun moment sans qu’ils ne soient l’un ou l’autre, ou les deux, au centre de l’image, les gros plans qui les traquent ou les enferment dans ce long métrage au format carré deviennent de plus en plus obsédants et ravageurs. Pour avoir voulu incendier son internat, l’adolescent au look ravageur, blond beau gosse et provocateur invétéré, s’est fait virer du dernier centre spécialisé qui voulait bien encore le prendre en charge, sa mère, toute jeune veuve n’a d’autre alternative que de le reprendre à la maison. Vaille que vaille, ils devront apprendre à s’apprivoiser, cohabiter, refaire un bout de chemin ensemble. À ce duo de losers cabossés par la vie va rapidement se joindre la voisine d’en face, énigmatique et solaire, rendue bègue par une blessure que l’on devine indicible. Entre les trois personnages, un faisceau multipolaire et tissé de plus en plus inextricable va peu à peu se créer, comme une toile d’araignée, d’on on pressent très vite que nul ne sortira indemne… Heureusement de temps en temps, quelques séquences plus apaisées permettent de souffler et de croire que la lumière brille au sortir du tunnel. Dialogué en joual, un jargon spécifique de Montréal, donc nécessairement sous-titré, ponctué d’expressions fleuries et autres jurons tonitruants, ce film bruissant de violence plus ou moins sourde pourrait n’être que poisseux et glauque, mais les trois acteurs sont tellement impliqués et habités que le pathétique devient flamboyant, le destructeur se régénère sans cesse tel le phénix et cette histoire terriblement sombre rongée de désirs tus, de non-dits inavoués et de sentiments enfouis palpite de clameurs étouffées et de silences assourdissants.      Un ovni fulgurant.

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