Le manège désenchanté

images (1)Aux haras de Rodez, on peut voir en ce moment une adaptation par la Compagnie Darshan de la pièce d’August Strindberg « Mademoiselle Julie ». L’intrigue toute linéaire se déroule à huis clos, en ce soir de Saint-Jean, journée hautement symbolique, annonciatrice de la nature flamboyante de ce début d’été  mais aussi temps propice autant à la confidence qu’à l’aveu de secrets longtemps cachés. Un trio forcément déséquilibré entre une fille d’aristocrate et les serviteurs de son père: elle, dans le registre de domination/séduction face au valet, et lui qui s’avèrera beaucoup plus retors et pervers que prévu d’autant qu’il bénéficie du soutien de sa fiancée, elle aussi employée de la maison. La pièce modernisée fait de Julie une cougar en goguette avide de capter  l’attention de tous, n’hésitant ni à se lancer dans un tango langoureux à tendance saphique que dans un face à face plus conventionnel avec cet homme qui la fascine autant qu’il la manipule. Car cette pièce doit se comprendre  avant tout comme un condensé de rapports de force, exigeants et sans concession voire destructeurs si besoin. Luttes des classes sous-jacentes, confrontations sexuelles, orgueil et préjugés, pouvoir des uns et mépris des autres, logique funeste induite, on sent dès le début qu’aucun des personnages n’est franchement reluisant… Tout l’intérêt de cette nouvelle version provient du mélange des genres, les évolutions précises des chevaux, les acrobaties au trapèze, au mat vertical ou aux rubans, les chants a capella de l’héroïne dans une robe fourreau rouge sang, tout concourt à installer ce crescendo d’atmosphère toute d’ambiguïté et d’incertitude . Le drame se profile, on le sent inévitable, ce que soulignent encore davantage les images vidéo projetées en fond de scène au cœur d’une nuit étoilée, lesquelles hésitent entre kaléidoscope déstructuré et test de Rorschach. Une pièce construite sur l’opposition permanente, la dualité, y compris les robes, des femmes comme des chevaux, la jalousie face à l’ambition, la mystification contre la confiance, une constante hautement vénéneuse et in fine mortifère qui hante chaque instant. Dommage que par souci de donner une couleur actuelle à cette histoire de fait un peu surannée, on ait droit à quelques répliques chocs totalement anachroniques, la complainte de Piaf toute de frémissements suffisait.       Ce spectacle où les trois comédiens excellent est encore à l’affiche la semaine prochaine.

Publicités
Cet article, publié dans Divers, est tagué , , . Ajoutez ce permalien à vos favoris.

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s