En bonnes voix

téléchargementL’Amphithéâtre a fait parterre comble, les premiers spectateurs prennent les chaises d’assaut, et, pour beaucoup de laissés pour compte, ne reste plus le choix qu’entre le moelleux du ciment et la station debout à se tordre le cou tout en prenant garde à ne pas gêner les voisins. Tous ceux-là peuvent aussi profiter avec gourmandise d’une vue imprenable sur les innombrables gradins vides et interdits par un garde-chiourme au meilleur de sa forme qui ne fait « qu’appliquer les consignes ». Données par qui, pourquoi, comment, insondable mystère, c’est devenu la norme en ce lieu, tout pour permettre ainsi bien sûr aux adultes d’éviter de s’avachir, aux seniors de remuscler leurs dorsaux et garder une colonne vertébrale impeccable, et aux enfants d’être régulièrement bousculés voire joyeusement piétinés dans le noir s’ils ont eu l’impertinence de se coucher au sol… des consignes de santé publique évidemment. Heureusement le concert proposé samedi après-midi en valait la peine. Sur scène ils sont six trois filles, trois garçons, la jeunesse insouciance en bandoulière et la malice joviale pétillante, la formation venue de Corrèze «  le Bal à la voix » va pendant près d’une heure et demie proposer un spectacle de tout premier ordre. Uniquement soutenus par des percussions corporelles et dans de brefs instants par deux tambours, ils vont avec leurs seules voix subtilement mêlées nous emporter dans des polyphonies aussi poétiques qu’intenses. Rythmes, harmonies, mélopées, complaintes et envolées, ils jouent sur toute la gamme et transcendent un répertoire très éclectique où les chants traditionnels font écho à des incantations religieuses, des ballades mélancoliques rebondissent sur des mélodies effrénées, le tout pour installer une atmosphère festive et résolument conviviale. On y croise aussi bien une bergère frémissante en mal de prétendants  qu’un poilu de 1914 confronté à la douleur… Porté par un chanteur tout en bouclettes, genre lutin vibrionnant infatigable, ils déploient des trésors d’énergie communicative ou de candeur canaille pour subjuguer un public conquis. Les arrangements, les variations, les combinaisons vocales subtilement équilibrées sont ingénieuses en diable et renouvellent totalement le genre. « Lost in traditions » comme ils se qualifient, peut-être, mais résolument revues et maîtrisées pour devenir un condensé d’inventivité explosive et de folie douce hautement contagieuse.                                                                                                                                               Un C.D. serait en préparation, bonne nouvelle tant ce spectacle était un moment rare.

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