Pièce à convictions

téléchargement (1)On connait tous cette histoire mortifère : celle d’un gamin de 16 ans accusé d’un crime horrible, celui avoir tué son propre père et qui, U.S.A. oblige, risque  la chaise électrique si le jury prononce à l’unanimité sa culpabilité. Tout semble clair et évident,  ce ne peut être que lui. Tous les témoignages l’accablent, les indices matériels semblent irréfutables, en fait les 12 jurés qui rentrent dans la salle pour délibérer devraient parvenir très vite à s’entendre sur leur verdict : coupable forcément coupable de parricide … sauf que c’est sans compter sur la détermination d’une jeune femme architecte, toute de passion et de caractère qui va s’employer méthodiquement, invariablement et inlassablement à toujours revenir au dossier. Reprendre chaque élément avec constance, non pour en faire jaillir l’innocence du jeune, mais souligner  les ambiguïtés possibles, les erreurs d’appréciation potentielle, instiller subtilement le doute et démonter ainsi l’accusation jusqu’à faire basculer un à un chacun de ses collègues. Obstinée autant que chaleureuse, passionnée et  résolue -et remarquablement incarnée-, elle est l’âme de ce huis clos étouffant, dans tous les sens du terme, la petite lumière ténue qui triomphera in fine de l’obscurantisme ambiant délétère. Car il en fallait du courage à Reginald  Rose pour avoir écrit «  12 hommes en colère », cette pièce suintante de racisme malsain, de mépris latent et de non-dits insidieux en pleine période du Maccarthysme triomphant, de chasse aux sorcières et de retour de l’ordre moral. Bien sûr, il faut oublier la référence évidente,  ce monument de théâtre politiquement engagé et figé pour l’éternité par le film de Sydney Lumet tout en nuances poisseuses, d’un noir et blanc volontairement indécis et que la figure tutélaire d’ Henry Fonda transcendera à jamais. La troupe amateur de la M.J.C d’Onet le Château dirigée par Olivier Royer qui présente actuellement ce spectacle s’est démarquée habilement de cette version par trop envahissante, d’abord en la faisant jouer par un jury mixte, où la sensibilité et l’intuition féminine font merveille, celles qui laissent parler son cœur face aux démonstrations teintées de cynisme, de celles qui ne sont animées que du souci d’éviter l’injustice, quitte à prendre le contre-pied du conformisme. Ce message limpide, ô combien toujours d’actualité, met ainsi en lumière la versatilité de certains, la lâcheté de beaucoup mais aussi et heureusement, l’intégrité et l’éthique de quelques-un(e)s. De ce spectacle, on ne ressort pas intact tant les petites lâchetés honteuses et autres arrangements inavouables  nous font entrevoir la fragilité et les limites de l’humanité.                                                           Une table comme seul décor,  des comédiens très volontaires bien qu’un peu inégaux, et une mise en (s)cène presque christique, voilà pour les ingrédients de cette pièce extrêmement puissante et à l’impact toujours aussi intense que l’on peut encore voir ce soir à Moyrazès.

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