Nomenklatura

téléchargementUne maison de repos réputée où la fine fleur du régime vient couler des jours heureux aux bons soins de toute une équipe médicale particulièrement zélée voilà « Les tournesols » où comme le rappelle opportunément le personnel à la moindre occasion « quiconque s’y est reposé une fois ne peut plus se reposer ailleurs ». Le genre d’endroit où la nostalgie n’est jamais loin de la déprime, le volontarisme des uns répond à la mélancolie des autres, comme un résumé de la torpeur moite qui baigne les travailleurs émérites qui en bénéficient et les cadres du parti récompensés de leur orthodoxie… Et soudain tout dérape par la grâce d’un simple bon de commande à faire valider par qui de droit, juste parce que derrière cette bureaucratie en chapka se cachent d’autres turpides, lesquelles mêlent marivaudages, situations de vaudevilles et autres méprises. La pièce de Valentin Kataïev présentée depuis quelques jours par la troupe amateur des Jeux Dits de la M.J.C. d’Onet le Château  «  Je veux voir Mioussov ! »  doit donc se lire à plusieurs niveaux.  Bien au-delà d’une comédie qui lorgne sur la pantalonnade facile où les amants trouvent refuge dans des placards à balais aux normes standardisées, où les quiproquos tiennent lieu de moteur pour relancer l’intrique, se dissimule  surtout une analyse politique vue de l’intérieur de la part d’un auteur qui réussira à passer entre les gouttes toute sa vie, sur les dérives et les travers d’une certaine Union Soviétique, au temps devenu bien lointain où Russie et Ukraine étaient encore des républiques jumelées. Laisser filtrer des critiques acerbes sous des situations doucereuses, décrire un coté délirant tant il en devient absurde, et inversement, jouer sur les mots un peu comme des private jokes pour initiés, voilà les ressorts autrement plus insidieux de ce texte. Derrière les électrochocs, ce sont les sinistres hôpitaux psychiatriques du goulag qui apparaissent en filigrane, derrière les embrassades de façade entre les élites se jouent coups fourrés, pokers menteurs et luttes de pouvoirs… C’est un pari difficile que de jouer sur deux tableaux à la fois, et la scène de La Baleine semble un peu trop vaste –  les éléments du décor a minima paraissent un peu égarés – mais les comédiens qui se démultiplient dans tous les sens du terme, s’en sortent bien. Les costumes en particulier les tuniques des pensionnaires avec leur côté papier peint à la longévité assumée, font écho à la marinière Montebourg, pour envelopper une histoire d’apparence banale d’un halo beaucoup plus inquiétant. Le diable se cache dans les détails, comme ces matriochkas multicolores dont on ne sait jamais ce qu’elles pourraient contenir.

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