Molière in love

imagesRevisiter des scènes culte des pièces de Molière avec brio et  impertinence, en faire découvrir d’autres plus inattendues voire même complètement ignorées d’une grande partie du public, tel était le pari de Laurent Cornic et de l’atelier adulte des Comédiens au Chariot, lesquels sont montés sur les planches pendant trois soirées successives avec « Molière for (n)ever ». Les spectateurs, tous des invités, sont si proches dans le petit théâtre cosy de Bourran que le trac des comédiens doit être  incontestable et qu’il faut l’évacuer au plus vite, d’où ces dialogues impromptus entre deux d’entre eux, le temps que tout le monde prenne place. En bord de scène, à la manière des deux vieux critiques blasés du Muppet Show, les deux compères toujours à bavarder, commentent, interrompent au besoin, prennent à parti, s’immiscent sans vergogne voire même s’invitent eux-mêmes sur scène pour essayer de remettre en perspective, en miroir ou en abîme, les différents extraits classiques. Un genre de fil rouge qui souligne par exemple combien, pour l’époque, cet auteur n’hésitait ni à critiquer les puissants en mettant plus souvent en valeur les servantes et autres valets bien plus intelligents et débrouillards que leurs maîtres confits en étiquettes sclérosantes, mais aussi et peut-être surtout la place des femmes. Si sa propre histoire sentimentale et intrafamiliale compliquée donne sans aucun doute quelques clés, il n’en demeure pas moins que nombre de ses textes sont très clairement d’inspiration moderne et progressiste. Contrairement à Monsieur Jourdain qui disait de la prose sans le savoir, le metteur en scène n’a rien laissé au hasard, choisissant méticuleusement les différents extraits, les mettant en résonance pour en tirer le meilleur. Transformer certains personnages de Georges Dandin en couples de punks peroxydés flamboyants, citer Stanislavski au détour de Scapin, mêler slogans récurrents de manifs aux pleurnicheries de l’Avare etc…, sont autant  d’idées malicieuses et réjouissantes pour montrer toute la pérennité de Molière. Les tirades « féministes » en vers  devant le groupe de médecins débarrassés de leurs masques, et donc de « leurs pouvoirs », ne manquent  ni de sel ni d’actualité, ce que la conclusion prolonge d’autant avec ces gerbes d’aphorismes et autres maximes lancées à la cantonade…                            Un excellent florilège tout d’élégance et de complicité joyeuse servi par des comédiens qui prennent visiblement beaucoup de plaisir et savent le faire partager.

Publicités
Cet article, publié dans Théâtre, est tagué , , . Ajoutez ce permalien à vos favoris.

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s