Entre chiennes et loups

 

téléchargementDeux pièces croisées, emmêlées, totalement imbriquées, lesquelles se répondent pour instiller le malaise chez le spectateur, voilà la genèse de «  Je suis de dedans » au programme hier soir à la Baleine. Dans les deux cas, c’est dans la violence de l’univers carcéral que l’on plonge, avec un texte de Xavier Durringer qui se déroule chez les hommes et en parallèle un de Koffi Kwahulé  chez les femmes. La prison c’est cet espace scénique divisé en deux, des éclairages successifs pour glisser d’une cellule à l’autre, une  lumière évanescente et hésitante, déjà oppressante. Côté masculin, un type totalement muet et particulièrement inquiétant toujours à tailler des brosses à dents qui deviendront scalpels acérés et un second authentique aigrefin, lesquels doivent maintenant partager leur geôle avec un meurtrier qui se vante d’être metteur en scène et aidera un de ses codétenus à assouvir son désir de jouer l’acteur. En face, quatre femmes toutes plus névrosées et plus agressives les unes que les autres, toutes ont du sang sur les mains, infanticide et crime atroce notamment. Celles-ci reçoivent chaque semaine la nouvelle intervenante artistique envoyée par l’administration pénitentiaire, les précédentes y ont laissé la vie, laquelle essaie de leur faire découvrir un monde  totalement différent, un cocktail entre langage théâtral, musique classique et évolutions de pom-pom girls… Le cœur des deux pièces bat ainsi autour de la place du théâtre dans la vie, et plus généralement de l’art, chez ceux qui sont enfermés bien sûr, mais aussi et peut-être surtout  chez chacun. Si chez celui qui l’a choisi, il se transforme en  facteur d’évasion potentielle, chez celles à qui « on » (le pouvoir, l’ordre… tout ce qu’elles rejettent) l’impose, il devient peine additionnelle, la punition psychologiquement insupportable de trop,  le mitard  symbole de coercition supplémentaire… Cette réflexion centrale appuyée sur des textes qui envoient du lourd, aussi exigeants que tranchants, ne laissant aucun répit, installent ainsi une atmosphère aussi étouffante que  désespérée. La compagnie « ASSA Théâtre » de Saint-Affrique qui a relevé le pari mérite un grand coup de chapeau pour ce choix particulièrement audacieux. La mise en scène volontairement aride conjuguée à l’énergie des comédiens parvient à focaliser l’attention du public de bout en bout. Et c’est vraiment une performance tant l’atmosphère sourde qui transpire de ces deux textes radicaux s’affirme mortifère et vénéneuse.                                                                Une troupe qui a du cœur au ventre.

Publicités
Cet article, publié dans Théâtre, est tagué , , . Ajoutez ce permalien à vos favoris.

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s