Les bonheurs de Sophie

téléchargementUn intérieur petit bourgeois XIXème siècle, genre boudoir, son sofa accueillant, un simple tabouret, quelques coussins au sol et une écritoire dans un coin avec son plumier. Dans le  fond de l’espace scénique, d’immenses tentures, par lesquelles les acteurs entrent, sortent ou se dissimulent. Nous sommes chez Sophie, une comédienne plus connue sous son nom de scène Prunelle, femme entre deux âges, toujours pulpeuse et séduisante, laquelle n’a pas froid aux yeux et collectionne les amants. Chez elle, se croiseront sa servante, une oie blanche juvénile vite effarouchée, un voisin transi d’innocence tombé en pâmoison et un médecin son total opposé, volontiers coquin et égrillard, à l’alibi féministe, qui partage avec la maîtresse de maison un intérêt commun pour « Le Plaisir de l’amour » et ceux de la chair. C’est cette pièce de Robert Pouderou qui tenait hier l’affiche du festival de théâtre amateur, une pièce au vocabulaire très daté, aussi suranné que désuet pour parler des relations entre les sexes, galanterie et séduction, voire érotisme. C’est à la fois ce qui fait son charme et ses limites, une phraséologie obsolète et décalée avec notre époque,  mais l’éternelle émotion de la rencontre, les frôlements ou les étreintes ébauchées, l’élan des corps et la bienséance de l’époque corsetée, les caresses retenues et les conventions, le regard des autres et la tentation galante… Ce jeu de « la souris et du trou », ou les hésitations entre « l’amour du créateur ou de la création » pour cause de pression sociale conjointe du sabre et du goupillon, sonne en creux comme une fine analyse d’une époque  castratrice. Cette carte du tendre matinée de mots d’esprit et de répliques toutes de sous-entendus délicieusement licencieux, où le scrupule fait écho à la chasteté convenue, la culpabilité doit de s’accommoder de la frustration, où une comédienne est forcément une courtisane voire une gourgandine ou une cocotte, devient une carapace dont il faut tenter de se défaire. Cette égérie volontiers entreprenante et son éventail à malices souffre de cette situation d’infériorité réservée aux femmes, et s’en évade  en disant des poèmes superbement voluptueux, en taquinant l’une ou en provoquant l’autre… Les pas de tango d’une extrême sensualité qu’elle esquisse dans sa guêpière affriolante résument à merveille cette ambiguïté qui la dévore, Satan l’habite.         La compagnie « Les enfants terribles »  de Perpignan transforment cette pièce compassée en une version très agréable, enjouée et insouciante à souhait, baignée de complicité pétillante.

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