Délaissés de Russie

imagesUne bizarrerie géopolitique, une exclave issue de la seconde guerre mondiale due à l’obsession de Staline de dépecer l’Allemagne nazie vaincue et de se partager la Prusse Orientale avec les voisins polonais et lituanien, tel fut le sort de la région de Königsberg aussitôt renommée Kaliningrad. Un territoire devenu brutalement soviétique maintenant russe à plus de 1200 kilomètres de Moscou, et maintenant à l’heure de la  construction de l’Union Européenne totalement cerné avec une immense partie de sa campagne quasi abandonnée de la mère patrie… C’est là que le documentariste Volker Koepp s’est immergé pour tourner dans la durée, sur plusieurs saisons «  Holunderblüte » ( Les sureaux en fleurs )  dans la petite localité de Gastellovo. Il s’attache  à un groupe d’enfants qui vivent seuls ou presque, les pères souvent pêcheurs sont rarement à la maison, les mères travaillent à la ferme … à eux de se débrouiller, les plus grands s’occupant des plus jeunes. Dans ce village aux maisons en déshérence, aux ruelles non goudronnées, seules quelques charrettes, des chevaux ou des vélos servent pour se déplacer… la vie semble figée et hors du temps dans des paysages dantesques de désolation filmés en longs plans séquences… Eux seuls essaient d’exister et nous parlent en plans serrés de leur quotidien  face caméra, l’école, leurs jeux, leurs rêves surtout, loin d’ adultes dénoncés comme ivrognes, une vie dans des conditions effroyables de dénuement avec en parallèle des cérémonies totalement archaïques à la gloire de la Russie forcément éternelle où tout le monde doit être présent et endimanché (les fillettes avec les gros rubans blancs dans les cheveux, etc …) Une parcelle en ruine du déclin de l’empire soviétique devenue vestige voire relique mais hautement stratégique en raison de ses ports sur la Baltique, un peu comme la Crimée que Poutine vient d’annexer pour s’ouvrir sur la Mer Noire…  Une voix off en allemand qui rappelle le contexte historique, des enfants qui s’expriment en russe, le décalage total est omniprésent, le passé vampirise l’avenir, un symbole de ces dérives qui régulièrement gangrènent le continent européen…Une société fantomatique en autarcie et qui n’en finit pas de mourir.                                                                 Un film âpre et radical aussi réaliste que déprimant. Et inversement.

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