C’est aryen comprendre

téléchargementUn documentaire très singulier était à l’affiche hier à la Médiathèque de Rodez. « La mort et le diable » est un film de Peter Nestler qu’il consacre à son grand-père, le comte Eric von Rosen , un personnage contradictoire,  « effrayant, au parcours au bord de l’abime ». Et c’est sûr qu’une telle filiation doit lourdement peser.  En effet, le dit comte, châtelain richissime via un aïeul qui avait fait fortune dans la papeterie aux Etats-Unis, fut d’abord un explorateur au sens où on l’entendait au début du XXème siècle, baroudeur multipliant les expéditions dans les Andes ou traversant l’Afrique de part en part cf son livre « Du Cap au Caire » où il se piquait à la fois d’archéologie, de paléographie et d’ethnographie, un regard colonial très daté historiquement sur les populations indigènes. Avec son coté Tintin, casque colonial rivé sur la tête, il se confectionna une immense collection d’objets de toutes sortes dont il fit plus tard don au musée de Stockholm, mais aussi de nombreuses photos et petits films en noir et blanc, qui, mis en perspective, sont la genèse de ce film. Des images d’époque,  témoignages autant de la vie des tribus concernées que du regard condescendant voire même un peu méprisant y compris pour ses propres employés, quand ce n’est pas carrément suspicieux envers son « assistant juif » … En fait ses certitudes proclamées sur «  le prestige des blancs » sic, se décodent comme les prémisses de ses dérives autoritaires et fascisantes qui  firent de lui un compagnon de route du national-socialisme. Il deviendra même le beau-frère par alliance d’Hermann Göring, chef de la Luftwaffe, lequel l’introduira dans le premier cercle nazi… Si on ajoute aussi sa fascination pour la swastika, son soutien à d’autres régimes militaires ou dictatoriaux et sa non-dénonciation de crimes abominables et mutilations perpétrés au Congo Belge, 40 ans avant la Shoah, les pillages ou le travail forcé justifié par le racisme et la cupidité, on comprend tout de suite qu’il fallait absolument au réalisateur se débarrasser une fois pour toutes de cet héritage sinistre. Si personne n’est responsable de ses parents, une culpabilité sourde n’en demeure pas moins, et cette distance nécessaire se traduit par la voix off qui accompagne ces images d’archives, un commentaire volontairement factuel et glacé en contraste total  avec le coté nostalgie vaporeuse de souvenirs personnels fixés sur pellicule…                                                                                    Une page d’Histoire personnelle pour ouvrir des pistes de réflexion collective…           Prochain film,  jeudi 22 mai prochain toujours à 18 heures.

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