Première Pierre

téléchargementUne déclaration toute de pudeur et de retenue, de force et de luminosité, de sérénité et de plénitude, voilà la trame du dernier film en date de Sébastien Lifshitz dont les documentaires sont régulièrement primés aux Césars ou au festival de  Berlin. « Bambi » c’est un  magnifique parcours construit patiemment, celui de quelqu’un qui sans détour revient sur un long cheminement fièrement revendiqué. Né Jean-Pierre en Algérie dans les années 30, prénom qu’il exècre tant il ne se sent bien qu’habillé de jolies robes, c’est en tant que Marie-Pierre que face caméra, elle se raconte et  se confie, avec des mots d’une grande sensibilité, d’une extrême délicatesse et d’une étonnante clairvoyance. Via les cabarets Madame Arthur ou le Carrousel de Paris, c’est sous son nom de scène de Bambi qu’elle se fera connaître et deviendra une célèbre meneuse de revue en lieu et place du  transsexuel raillé ou méprisé. De son enfance là-bas à ses débuts dans la capitale, des souvenirs poignants aux anecdotes plus légères, elle fait un bilan absolument touchant de sa vie tant personnelle, professionnelle que sentimentale ou sexuelle. Ni amère, ni désabusée, juste incroyablement lucide et d’une fragilité désarmante, c’est sa vie qu’elle déroule. Les mots sont infiniment justes et réfléchis, la voix douce  et posée, le regard franc, tout pour dévoiler son histoire dans ce qu’elle a de plus intime. Les stigmates de la virilité devenus insupportables, l’univers convenu des plumes et des paillettes, le rêve qui se concrétise, l’androgyne flamboyante enfin devenue femme dans le droit fil de la pensée de  Simone de Beauvoir, c’est de tout cela dont elle prend le spectateur à témoin. Ce portrait sur la singularité et la différence, l’affirmation de soi et le respect des autres est remarquable de bout en bout. Les images d’époque qui ponctuent  régulièrement ce moyen métrage soulignent aussi en creux l’évolution de la société française, et combien l’esprit de mai 68 a bousculé, et heureusement, les mentalités étriquées, n’en déplaise à Christine Boutin et consorts. Dans le contexte actuel où la liberté sexuelle, le choix de chacun sont toujours des sujets hautement sensibles, où les intégristes de tout poil ne cessent de vouloir imposer leurs idéologies, ce film d’une sincérité courageuse résonne de la force tranquille d’une presque octogénaire délicieusement subversive.                                                 Prochain rendez-vous à la médiathèque le jeudi 27 mars toujours à  18 heures avec le film « Los Herederos » d’Eugenio Polgovsky sur le travail des enfants dans les champs au Mexique.

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