Démocratie, mon amour

téléchargementLa réalisatrice s’était déplacée en personne pour présenter son film, et le public fut largement au rendez-vous puisque non seulement il n’y avait plus aucun fauteuil de libre dans  la salle mais en outre Cap Cinéma a dû refuser une trentaine de spectateurs qui faisaient la queue en vain. C’est dire si  « Laïcité Inch’ Allah », un film tourné sur plusieurs mois entre aout 2010 et le printemps 2011 évoque une  période charnière sensible aux yeux de beaucoup. Les images du dernier ramadan de l’époque Ben Ali, des ultimes soubresauts de la censure et de la dictature se télescopent avec quelques mois plus tard celles de l’enthousiasme de la Révolution de Jasmin. Les manifestations sur la place Mohammed Bouazizi, du nom du premier des martyrs, les discussions fiévreuses qui agitent toute la société quant à la place qui doit être dévolue à l’islam dans une République laïque et tolérante, les aspirations légitimes de la population lassée de la corruption et du népotisme, tout cela illumine ce film chaleureux dans lequel la réalisatrice Nadia El Fani est omniprésente. Sur tous les fronts de la contestation de l’ordre établi, au cœur des combats pour la libération en marche bien sûr, mais aussi en parallèle quand elle s’invite dans les cafés où en toute hypocrisie certains s’accommodent à l’envi de la religion et de ses principes soi-disant intangibles tel le jeune annuel. Entre paradoxes et contradictions,  la société tunisienne se révèle extrêmement composite tout en revendiquant haut et fort son côté pionnier du monde arabo musulman en matière de  démocratie. La place de chacun, le respect nécessaire et la soif de changement radical, c’est tout un souffle d’idéologie progressiste qui devient tourbillon contagieux… Si la nouvelle Constitution récemment adoptée, pourtant encore bien ambiguë, marque des avancées incontestables, l’égalité hommes/femmes dans de nombreux domaines est loin d’être acquise, le droit à la liberté absolue de culte et donc aussi d’être athée, impie ou mécréant est encore à conquérir. « La route est encore longue » précisait la réalisatrice dans le débat qui suivait la projection organisée à l’initiative de la Ligue des Droits de l’Homme. Elle sait parfaitement à quoi s’en tenir, elle dont le film n’est toujours pas visible dans son pays d’origine et où elle reçoit des menaces de mort et reste poursuivie en justice « pour atteinte au sacré et aux bonnes mœurs ». Ce film encore à l’affiche toute la semaine est une leçon d’histoire contemporaine indispensable.

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