Bon chic, bon genre …

téléchargementPauvre Christine Boutin, elle qui voit s’immiscer le mal absolu dès lors que l’on s’éloigne de l’image traditionnelle papa maman et leurs progénitures dûment estampillées par l’église, voilà que même dans le domaine de la danse, elle n’y retrouverait pas ses petits. En effet, le spectacle présenté mardi soir à la M.J.C. de Rodez ne saurait lui inspirer que dégoût et châtiment. Un dytique créé il y a déjà près de trente ans, c’est dire si les racines du mal sont profondes, et remis au gout du jour par une recréation au Festival Montpellier Danse de 2011, telle est la genèse de «  Pudique, acide / extasis »  de Mathilde Monnier et Jean-François Duroure. L’horreur dans toute sa splendeur,  laquelle voit deux danseurs, un homme, une femme, désespérément jeunes et beaux, sveltes et musclés, évoluer tout en nuances sur un registre qui repousse et dépasse les limites du genre sexué, faisant la part belle aux troubles identitaires…Ni tout à fait masculin, ni complètement féminin, toujours à hésiter, un peu comme ces anges qui peuplent vraisemblablement son panthéon imaginaire,(auquel mieux vaut préférer celui de Wim Wenders), des êtres androgynes symboliques tout en ambivalence retorse. En première partie, ceux-ci en kilts, vêtements équivoques s’il en est, leggings noirs et marcels blancs, glissent de postures énigmatiques en gestuelles mystérieuses jusqu’à inventer un univers surprenant entre humour et autodérision sur de la musique de Kurt Weill aux accents inquiétants entrecoupée de longs silences interrogatifs. En seconde partie, idem, sauf que là ils sont vêtus de grands tutus froufroutants à qui mieux mieux et de pardessus à la Colombo, visages très maquillés, lèvres rouge sang limite carnassières, mais toujours pour tutoyer les marges, et pour souligner cette dimension fluctuante entre les registres homme/ femmes, avec en fond sonore  la référence indépassable qu’est la musique hitchcockienne à souhait de Bernard Herrmann, pour rajouter une deuxième couche d’ambiguïté sur les rapports entre les sexes. Les deux artistes en synchronie parfaite, tantôt ensemble, tantôt s’opposant, tantôt en miroir, installent une atmosphère insaisissable, toute en pointillés, où le dédoublement permanent est la règle. La décadence flamboyante de Cabaret fait écho à la punk attitude, le non conventionnel se mêle aléatoirement au plus bizarre, tout pour distiller durablement le doute et la confusion… autant dire enfer et damnation.

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