Lignes de VY

téléchargement (1)C’est du théâtre  tout de modestie, d’humilité et de tendresse qui était à l’affiche hier soir à la M.J.C. de Rodez. Sur scène, elle est seule, filiforme dans une petite robe noire, Michèle Nguyen, auteur et interprète, s’immerge dans ses souvenirs et les déroule devant nous. Juste un pupitre, et une marionnette de petite taille, son alter ego, son double, son miroir. Une enfance douloureuse et chaotique, sa maman belge décède, son papa médecin vietnamien est aux abonnés absents, elle a 8 ans, et avec ses 3 frères et sœurs, sera élevée par sa grand-mère pour qui elle n’est que « girouette fêlée », le surnom dont elle l’affuble alors que pour tous les autres elle est « VY » microbe en vietnamien, le titre du spectacle, voire VYVY. L’aïeule est terriblement stricte, mal aimante, raciste souvent, ne laisse rien passer, ne la laissera pas vivre sa passion pour la danse, l’obligera à travailler ses gammes piano fermé à clé, et tant d’autres choses plus blessantes … Elle s’en sortira par la dérision, la distance et l’humour, les atouts d’un clown pudique et affectueux. Cette histoire personnelle, intime même, elle y plonge résolument, s’en ébroue pour mieux la dépasser, la transcender  via cette marionnette en modèle réduit qui est bien plus que son ombre. À cette ancêtre castratrice en diable, elle répond sans acrimonie par des poèmes volontairement laissés en évidence, une insouciance malicieuse et légère, la fréquentation de voisins généreux ou une berceuse magique qu’elle fera reprendre à la fin du spectacle par le public subjugué… Dans le traumatisme originel, elle a puisé une force incroyable et, avec des dons de conteuse étonnante, la voix posée, les silences éloquents et la musicalité du texte, elle brosse une épopée toute d’humanité et de fraternité. Des petits riens, des gestes fragiles, une symphonie subtile d’intelligence et d’espièglerie, voilà la genèse de ce spectacle récompensé par le Molière Jeune public en 2011. Il y a incontestablement de la madeleine de Proust dans ce voyage quasi psychanalytique dont les incursions tant  intemporelles que spatiales nous offrent une infinie palette d’émotions sincères toute en nuances. C’est une alchimie rare sans pathos ni emphase, juste le langage du cœur, la confiance et la volonté chevillées au corps, un hymne à la vie. Magnifique.

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