Cuisine du cœur

images (2)C’est un petit bijou de tendresse pudique et de douceur ouatée que ce film indien de Ritesh Batra «  Lunchbox » lequel était présenté à Cannes l’an dernier dans la sélection de la Semaine de la Critique.  Nous sommes à Mumbai, cette ville tentaculaire, et dès les premières images nous suivons le long voyage des gamelles que les femmes préparent pour leurs maris employés dans cette grande métropole. Près de 200 000 par jour répertoriées, quartier par quartier et immeuble par immeuble, lesquelles seront invariablement délivrées en temps et en heure par ces coursiers que sont les dabbawallahs, via trains et vélos. Des milliers d’emplois sont ainsi créés dans cette filière, un de ces innombrables petits métiers sur lesquels la puissance économique émergente qu’est l’Inde se construit.  Taux d’erreur infinitésimal sauf que, cette fois-ci, le repas cuisiné avec amour pour son mari qu’elle souhaite reconquérir, parvient à un veuf solitaire bientôt à la retraite et donc, de facto, le soir aucune marque de reconnaissance.  S’ensuivra alors via ces petites boites en métal qui s’empilent les unes dans les autres, une correspondance épistolaire aussi délicate qu’incroyablement intime entre deux personnages qui vont peu à peu s’apprivoiser. Entre cette femme mystérieuse magnifique dans  ses saris flamboyants et lui petit fonctionnaire chemise impeccable replié sur lui-même s’élabore une stratégie complexe faite de petits secrets révélés ou de désirs inavoués. Cette compréhension mutuelle s’approfondit toujours davantage, et chacun devient de plus impatient de recevoir ces petits mots, lesquels tissent une toile de plus en plus serrée entre eux…. Derrière ce scénario très simple se dévoile progressivement une image de l’Inde actuelle, où  la  place des femmes, le système des castes, et tant d’autres traditions séculaires se heurtent à de nouvelles revendications légitimes telles s’émanciper pour choisir son conjoint librement ou rêver enfin d’une vie libre … C’est d’autant plus émouvant que vu au travers des yeux de trois générations de femmes, la grand-mère ou la tante restées invisibles toutes leurs vies, la jeune mère qui veut s’affranchir, et enfin sa fille, encore écolière à l’âge de tous les possibles… Cette comédie sentimentale douce-amère a le gout subtil d’un tandoori ou d’un masala délicatement épicé que l’on se plait à savourer avec délice. Version originale indispensable pour cette ode à la culinothérapie .

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