Un long fleuve tranquille

 

téléchargementC’est un voyage au fil de l’eau que raconte «  Blue Meridian » un long métrage de 2010 de Sofie Benoot projeté hier en version originale à la Médiathèque de Rodez. Un voyage au long du Mississipi, un des plus longs fleuves des Etats-Unis, un fleuve à la forte symbolique faisant le lien entre le Nord et le Sud, ce qui n’est pas rien dans un pays qui s’est d’abord construit sur la guerre de Sécession –  et nous ferons d’ailleurs une halte à Vicksburg une bataille qui fut un tournant dans ce conflit – mais aussi quelque part était une limite naturelle avant le début de l’épopée de la conquête de l’Ouest. Construit sur de longs travellings toujours le long des berges y compris depuis  la route ou le rail, le fleuve omniprésent à chaque instant, ce « water movie » est une succession de rencontres avec des habitants  et leurs territoires.                                           Point de départ Cairo, au confluent avec l’Ohio, une ville devenue quasi fantôme, sans âme ni repère, que son maire noir essaie tant bien que mal de faire exister, jusqu’à la Nouvelle-Orléans et ses quartiers délabrés suite au passage de l’ouragan Katrina en août 2005. Un voyage tout en nonchalance pour saisir toute la diversité tant des populations que des paysages. De l’apparition des centres commerciaux dans les bourgs qui ont ruiné le petit commerce local aux bagnards qui au vu et au su de tout le monde travaillent sur la voie publique via des centres d’accueil pour les laissés pour compte, lesquels trouvent refuge et nourriture en contrepartie de deux offices religieux quotidiens, de la maison familiale de Jerry Lee Lewis transformée en musée aux bayous au bord de l’asphyxie environnementale, c’est un périple tout de nostalgie brumeuse et d’ indolence légère auquel on est convié. En filigrane se posent des questions essentielles sur le ressenti des habitants du cru face à ceux qui ne sont que de passage, un incontestable fatalisme face aux catastrophes naturelles dévastatrices et un certain sentiment d’inadaptation devant ce monde moderne toujours en accéléré. Bercé de beaucoup de musique jazz,  cajun, ou autre, et bien sûr USA oblige, surtout version deep south, toujours des prêcheurs illuminés et des églises envahissantes lesquelles justifient tout par la présence divine, c’est un instantané aussi mélancolique que déroutant.

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