In circo veritas

imagesPour son dernier spectacle de l’année 2013, la Maison des Jeunes de Rodez est fidèle à la tradition : proposer une production de cirque. Cette année ce fut donc  « Ivre d’équilibre », un   spectacle qui tourne depuis quelques années déjà et que son auteur définit comme «  la première partie d’une trilogie sur le sens de la vie». C’est sûr qu’avec son nom, Pascal Rousseau, soit un double patronyme philosophique, l’auteur est plus enclin à proposer quelque chose de diffèrent. Il arrive sur scène en tirant une charrette, genre théâtre ambulant d’autrefois, une grande cape sur les épaules et une lanterne à la main. Un acolyte, Eric Bono,  vêtu façon shaman en pleine méditation s’installe derrière ses instruments, essentiellement des percussions et un piano bastringue pour  accompagner en direct toute la représentation. De la musique originale et des chants psalmodiés, entre volapük et espéranto, de longues mélopées aussi envoûtantes qu’énigmatiques, tout pour envelopper le show d’une atmosphère entre new age et incantations mystiques, tandis que l’artiste circassien multiplie les prouesses. Tour à tour jongleur émérite, jusqu’à sept balles en même temps, funambule sur corde flottante, équilibriste sur un mat haut perché ou une pyramide de chaises qu’il escalade à l’aveugle les yeux bandés et un final époustouflant où il nargue les lois de la pesanteur… rien ne l’arrête pour ce spectacle qui porte bien son nom, toujours à la limite entre équilibre précaire et instabilité garantie. Sauf qu’il y a un plus à toutes ces performances athlétiques de haut niveau, une prolongation philosophique revendiquée en mimétisme sur « le fil de la vie », une recherche du  karma pour se sublimer en permanence. Et régulièrement, entre les différents numéros, des textes très élaborés se font l’écho de cette quête existentielle comme ce proverbe chinois qu’il se plait à citer, lequel résume parfaitement l’esprit de cette création: «  Quand tu arrives en haut de la montagne, continue de grimper »… Si on ajoute que sur scène il y aura aussi un sablier qui s’écoule lentement tel le temps qui passe ou des totems de pierre de forme humaine stylisée, on comprend vite que c’est une expérience assez inédite à laquelle on est convié. Howard Buten prouve depuis des années que psychanalyste et clown sont deux approches de l’âme humaine, Pascal Rousseau avec cet ovni scénique s’inscrit dans la même démarche, le cirque comme travail sur soi-même pour se mettre en harmonie avec autrui. Très singulier.

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