C’est encore loin l’Amérique

téléchargement« The immigrant »  le dernier film de James Gray  s’ouvre à Ellis Island,  passage obligé pour tous ceux qui voulaient gagner les Etats-Unis, un souvenir essentiel pour le cinéaste car ses ancêtres eux-mêmes venus d’Ukraine ont connu cette étape décisive. C’est dire si l’histoire de ces deux sœurs venues de Silésie lui tient à cœur. L’une soupçonnée de tuberculose contagieuse est mise en quarantaine en attendant son expulsion, l’autre admise après un pot de vin se jure de la faire sortir pour enfin vivre ensemble leur rêve américain, sauf qu’elle tombe entre les griffes d’un proxénète retors lequel exhibe ses filles dans un théâtre miteux mais a réussi à faire son trou dans New-York car il graisse en permanence la patte de flics corrompus. Un portrait de femme résolue et fière au visage creusé par la tristesse et la souffrance mais déterminée et combattive et qui peu à peu prendra l’ascendant sur son protecteur lequel, de plus en plus épris, s’égare dans la jalousie. Qu’un rival potentiel, cousin de surcroît, et qui vivote grâce à des tours de magie et d’illusionnisme, puisse convoiter la même personne, le plonge dans le désespoir amoureux et la violence. Plus il devient accro, plus elle le rejette, plus il s’agrippe, plus elle le repousse. Ange déchu par nécessité, elle s’émancipe progressivement de son pygmalion jusqu’au dénouement, mélange de tragédie grecque et de rédemption christique, autant dire que c’est du genre mélo flamboyant mais sublimé par une atmosphère incroyable de lumières tamisées comme un sépia quasi permanent, des images toujours étouffantes de cette ville dont on hante les bas-fonds. À l’angoisse du lendemain incertain se mêle la confusion des sentiments, un melting pot d’émotions contradictoires, diffuses et vénéneuses, tout pour installer un voile glauque et crépusculaire sur une histoire d’amours folles, un pays plein de promesses pour elle, une relation sentimentale impossible pour lui.                                                                                         Tant Marion Cotillard qui construit avec acharnement sa carapace de survie que Joaquin Phoenix en alter ego de douleurs muettes, tous deux incarnent à merveille cette époque du début des années 20 d’une Amérique de tous les possibles. V.O. obligatoire.

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