Le goût du  » Risk « 

téléchargement (2)Cinq personnages sur la scène de la M.J.C. de Rodez hier soir, tous adolescents, garçons et filles à peine habillés, lesquels susurrent doucement une complainte en anglais sur la nécessité de s’ouvrir au monde et aux autres. En parallèle, en fond d’écran, des consignes toujours répétées de ne pas faire ceci, de faire attention  à cela, comme un carcan résumé de conventions sociales, familiales, scolaires etc. qui leur pèsent tant jusqu’à les étouffer. Puis, successivement, chacun de dérouler son histoire:  beaucoup de similitudes, tester l’interdit, ses propres limites, le regard des autres, les codes du groupe auquel on veut appartenir par  mimétisme, l’affect et la douleur,  le poids de cette société vue d’abord comme une construction d’adultes dans laquelle ils ne se reconnaissent guère, et les mêmes mots, vocabulaire djeun, hésitant, entre amertume et provocation. Chacun n’est qu’écorché vif masquant plus ou moins mal sa détresse, sa solitude, son mal-être. La  gamme est large, entre résignation et volonté de faire front, claustration pathétique et révolte identitaire, une soif de vivre exprimée par la musique, le chant, des chorégraphies variées, autant de pistes qui permettent d’explorer et d’apprivoiser ce futur que l’on appréhende. Les cinq très jeunes  comédiens de la Compagnie Interlude Théâtre Oratorio venue de la région lilloise multiplient les prouesses sur le plateau  pour rendre palpable l’angoisse sourde,  les blessures de l’âme ou du corps, la conviction intacte pour se dépasser coûte que coûte,  au-delà de défis banalement stupides picole, défonce, déglingue, et autres, repousser toujours davantage les frontières par fanfaronnades ou vanités, tutoyer le risque en équilibre instable pour  prouver et se prouver qu’on existe, comme un appel lancé aux copains, aux proches, aux parents. Cette frénésie insatiable remarquablement traduite par les comédiens se développe crescendo, porté par une mise en scène à la fois explosive et fluide, par une bande-son imaginative et des éclairages qui font la part belle aux acteurs sublimant leurs parts d’ombres. Cette pièce chorale de l’auteur écossais John Retallack est âpre, désenchantée parfois, mais terriblement juste, une analyse lucide de cette étape de transition qu’est l’adolescence, des expériences de vie à ses risques et périls.

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