Les liens du sang

téléchargementUn espace très dépouillé pour décor, des personnages en costumes modernes, redingotes, robes longues ou costumes cravates, voilà la version que proposait hier soir à la Baleine la Compagnie des Dramaticules, une adaptation de Richard III de Shakespeare.                                                                                     Un texte brillant, échevelé, vertigineux pour mettre en abîme l’ambition des uns, la veulerie des autres, la concupiscence de tous. C’est dire si dans cette cour d’Angleterre, à la fin du XVème siècle, tout n’est que complot ou conspirations, fourberies et jeux de dupes, un terrain idéal pour disséquer aussi lentement que méthodiquement les noirceurs de l’âme humaine.  De traîtrises en calomnies, de forfaitures en vengeances, de manipulations hypocrites en promesses vite oubliées, c’est une galerie peu ragoutante de personnages veules et félons qui défilent devant nos yeux, toujours à susurrer, qui son fiel avec gourmandise, qui sa haine recuite, qui sa mégalomanie insatiable, qui sa névrose compulsive. Dans le rôle-titre, le metteur en scène lui-même, Jérémie Le Louët, paria inquiétant, tantôt  a déclamer telle une rock star narcissique, tantôt halluciné comme un serial killer en goguette, tantôt patelin fantomatique, l’archétype du psychopathe dévoré de folie lequel installe d’emblée une ambiance funeste jusque dans la salle. Sa démarche hésitante, ses obsessions insidieuses, sa diction toujours inquiétante, tout chez lui n’inspire que sourdes menaces et malaise latent, une atmosphère crépusculaire et décadente que souligne encore davantage la musique angoissante récurrente ou les murs de  néons qui enferment les protagonistes dans une fascination monstrueuse et tragique. C’est dire si la scénographie beaucoup plus complexe qu’il n’y parait met l’accent sur ces personnages tous plus délétères les uns que les autres, qui tous gravitent autour de ce roi plus vampire satanique que monarque lugubre dont chaque parole, chaque geste approfondit toujours plus jusqu’au paroxysme une intrigue mortifère. Cadavres qui s’accumulent, amours incestueuses, rédemptions avortées, voilà résumé ce drame gangrené d’ignominie, d’opprobre, de luxure et de tyrannie dont on sort groggy… Loin, bien loin de la devise consensuelle de la couronne régnante britannique : «  Dieu et mon droit ».

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