Ailleurs, toujours ailleurs

téléchargement « Sakinan gôze çop batar », en fait quelques mots en turc,  empreints de sagesse pour décrire l’angoisse d’un futur toujours incertain, où la confiance en soi peut toujours transcender la fragilité du destin. L’exigence d’un ailleurs à inventer pour continuer à avancer, se dépasser pour aller plus loin, au-delà de l’exil, de sa terre, des autres ou de soi… Et pour exprimer ce sentiment aussi impérieux, diffus  et complexe, un danseur en solo.  Au départ, il est juché sur ce qui parait être un énorme container, bonnet sur la tête, chemise à carreaux épaisse, chaussures de marche, tout le profil du randonneur idéal, sac à dos y compris, sauf que, de celui-ci, très vite il sortira une poignée de sa terre natale … pour un long chemin d’exil.  Une chorégraphie très sophistiquée qui alterne mouvements décomposés ou au ralenti et  nombreux passages au sol, autant celui dont on s’extirpe si difficilement que les nouveaux territoires que l’on se doit d’explorer, méthodiquement, encore et encore, pour se convaincre de s’en imprégner. Apprivoiser l’inconnu, l’ailleurs jusqu’à s’y fondre, tournoyer dans l’espace tel un derviche, puis peu à peu, simultanément, abandonner des pièces de vêtements ici ou là, et reconstruire patiemment tel un puzzle qui restera à jamais inachevé un autre lieu pour ne pas se perdre, des repères en pointillé, aussi douloureux qu’indispensables. Une plante, quelques livres, une chaise ou une table c’est juste infime mais d’une nécessité vitale, des traces que l’on sait éphémères… Une bande son qui mêle de longs silences, des sonorités obsédantes ou plus liturgiques, des taches de lumière tantôt évanescentes, tantôt plus soutenues, voilà résumé le chemin entre rupture et abandon d’une part, doute et inquiétude d’autre part… Un danseur tout en souplesse et maîtrise, une mise en scène qui toujours accentue la vulnérabilité et le provisoire, ce spectacle de Christian Rizzo créé à Avignon en 2012 interpelle chacun, comme un témoignage qui fait écho à l’actualité de Lampedusa, la Tchétchénie, la Syrie, la Palestine … l’humanité au cœur .

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