Combat de Maquis

téléchargementC’est une ouverture en fanfare que proposait cette année la 20ème  édition de l’Estivada. Une compagnie d’Aix en Provence, le Théâtre du Maquis le bien nommé, ne proposait rien de  moins avec « Les Bougres » que de relire une page d’histoire fondatrice, la tragédie cathare  vaincue dans le sang par les troupes du pape Innocent III, lequel n’eut de cesse de prêcher pour les Croisades vers Constantinople bien sûr, mais aussi  de façon beaucoup plus tendancieuse contre les Albigeois en 1209. Il fallait vaincre cette hérésie coûte que coûte : les massacres de Béziers, le siège de Carcassonne, la chute de Raimon de Toulouse… tout ce qui contribuera à affaiblir durablement la culture occitane alors très « influente comme langue des arts » se déroule ainsi en accéléré devant nos yeux.                                                                                                                                                 Ce fut donc un spectacle complet, un making off en direct avec un faux set de cinéma pour quatre acteurs, lesquels se démultiplient tant en français qu’en occitan. Une vidéo  omniprésente pour planter le décor avec incrustation live,  des comédiens survoltés pour une histoire dramatique rendue avec ironie, complicité ou malice, mais aussi des chants ou de la musique, des images d’archives comme celles de la Retirada ou des échos plus contemporains de guerres ethniques en Europe, autant de résonances avec l’époque actuelle . L’union du sabre et du goupillon hier, Jihad ou idéologies extrémistes aujourd’hui, une manière subtile et intelligente de prolonger une tragédie de l’histoire trop souvent occultée par des accents contemporains, une réflexion autant philosophique que politique d’un événement fondateur de l’identité de l’Occitanie contemporaine. Cette lecture que l’on pourrait qualifier d’éthique relie ainsi passé et présent pour ouvrir d’autres perspectives résolument imaginatives et vivantes pour appréhender l’avenir de la langue d’oc comme vecteur d’une autre histoire possible. Des accents pied noir ou espagnols revendiqués pour élargir l’espace, des postures théâtrales proches du cinéma muet, ou des enluminures dignes de Perceval d’Eric Rohmer, des commentaires en voix off décalés à souhait, des sous-titres si besoin, des alexandrins déclamés au second degré, voire des variations d’opérette, beaucoup d’inventivité sur scène, tout concourt à faire de ce spectacle résolument engagé une réussite absolue. Cette création du Théâtre du Maquis  fait partie d’une trilogie sur cette époque troublée, on a hâte de découvrir  les autres opus.

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