Tout feu, tout flamme

imagesC’était loin d’être gagné que de proposer de dépoussiérer Feydeau, son théâtre suranné confit de conventions qui ne gravite, depuis plus d’un siècle qu’autour des mêmes stéréotypes sur le paraître de la bourgeoisie, entre bienséance et médiocrité. Ambitieux défi donc de monter à la Baleine après dix jours en  résidence, cette version revue et corrigée de « Feu la mère de Madame » , mais pari réussi car proposé sous forme d’une relecture à deux niveaux,  la trame originale adaptée est heureusement très vite détournée via par exemple les deux comédiens en combinaisons blanches façon cobayes de  laboratoire, enfermés dans un « cube » à savoir une « centrifugeuse universelle à bipolarité émotionnelle »,  lesquels s’agitent sous le regard de deux professeurs nimbus aussi farfelus qu’excentriques. Ceux-ci, en effet, à l’appui de leurs théories sur la relativité du comportement amoureux, se sont mis en tête de multiplier les expériences pour essayer de sonder les mystères, racines et autres fondements sociaux de l’Amour, ce sentiment fondateur  de nombre de  relations humaines, mais aussi ses composants, tels le désir, l’envie ou la passion . Cette démarche dissèque alors avec un œil extérieur volontiers désabusé, les travers d’un couple fatigué par l’habitude et le ronron des années. Réflexions surprenantes ou répliques audacieuses font de ces deux observateurs des tourments des cœurs ou des esprits, des témoins privilégiés auxquels le public se plait à s’identifier. Un décor épuré pour ce huis clos donc, mais avec juste à côté toute une machinerie qui injecte à dose homéopathique des éléments divers, musique ou accessoires notamment, pour obtenir des réactions au sens chimique du terme et ainsi établir des « preuves scientifiques » susceptibles d’étayer leur thèse. Et l’on passe ainsi de séances d’exorcisme à des envolées pertinentes sur la morale judéo- chrétienne – du vaudou au vaudeville – grâce à une mise en scène enlevée, inventive et jubilatoire de Lise Quet, surtout l’entrée en matière et le final. Tous les comédiens, le couple Feydeau comme les deux observateurs mais aussi l’accessoiriste déjanté en  salopette, savent mettre du rythme ou de la démesure pour transcender une pièce par trop corsetée. Faire de Feydeau un prétexte, dans tous les sens du terme, à une variation subtilement échevelée sur le couple permet ainsi de faire rebondir intelligemment le théâtre de boulevard hors de sa naphtaline.                                                                                                                                                 Bravo à la Compagnie  HoCemo Théâtre et bon vent pour la tournée étalée  sur une dizaine de dates qu’elle va entreprendre tout au long du mois de juillet au travers du département.                                                                                                                                            

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