Tokyo décibels

téléchargementC’était hier à la médiathèque en prélude à la fête de la musique, la projection d’un film documentaire «  We don’t care about music anyway », réalisé par Cédric Dupire et Gaspard Kuentz. C’est une plongée dans l’univers underground de la scène musicale de Tokyo, où filmé dans un  noir et blanc intemporel, le discours radical des musiciens réunis autour d’une table a pour prolongement les expériences scéniques en live et en couleurs saturées dans différents lieux de la ville par ces mêmes artistes. En parallèle, la mégalopole japonaise est là présente dans sa modernité  hypnotique obsédante, métro, aéroport, immeubles impersonnels, mais aussi sa face cachée du consumérisme exacerbé, décharge à ciel ouverte et ses bulldozers en action, entrepôt à l’abandon … Ce film donne d’abord un coup de projecteur sur des tentatives individuelles mais aussi collectives de répondre par des expérimentations sonores à cet univers urbain consensuel où règne l’ordre formaté.  Du violoncelliste qui veut casser « l’image bourgeoise de cet instrument », au performer de musique corporelle entre improvisation et technologie, du récupérateur tous azimuts toujours prêt à bricoler des machines improbables au fou de sampling, boites à rythmes et autres tables de mixage  …  c’est un panorama non exhaustif mais éclectique qui devient cet instantané choral très inhabituel. Ces musiques expérimentales jamais complètement abouties résonnent comme une alternative possible à une réalité contemporaine trop corsetée.  La fureur enthousiaste ou la sincérité désarmante en bandoulière, chacun explique son approche personnelle à laquelle fait écho ou non la perception des autres. Aussi déroutant dans sa forme que dans son propos, ce film sorti en catimini en 2009  n’en propose pas moins une réflexion intéressante sur les enjeux sous-jacents d’une société où chacun est invité à se fondre dans la masse et à nier sa personnalité. La musique aussi brute qu’incandescente des uns devient rébellion et exutoire dans un univers aseptisé dont on voudrait dissimuler la part d’ombre. Un chaos multi phonique pour une vision aussi désenchantée que renouvelée du Japon actuel.

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