Clerc et lisse

imagesEn tournée « Pianistic », c’est à dire juste accompagné d’une pianiste rayonnante Aurèlie et de Dominique Spagnolo un multi-instrumentiste qui éclaire de touches de violon, de flûte ou de percussions diverses son spectacle, Julien Clerc faisait une nouvelle halte à l‘Amphithéâtre de Rodez. Un dimanche à 19 heures, plutôt inhabituel à première vue mais en fait tout à fait adapté au public majoritairement senior et féminin, pour un spectacle à mi-chemin entre thé mondain et rendez-vous nostalgique. Ce côté has been est frappant entre d’une part, un chanteur légèrement enrobé dans sa chemise noire qu’il va abondamment mouiller, pas très à l’aise sur scène dès qu’il s’éloigne de son instrument, et, d’autre part, son public sage et élégant toujours prompt à reprendre les sempiternels lalalas qui ponctuent les mélodies. Un mélange de chansons extraites du dernier album en date qu’il faut bien sûr promouvoir, des classiques qui ne vieillissent pas, c’est un cocktail de bluettes sucrées gentiment  tournées qu’il sert sans se départir de son sourire béat.  Françoise Hardy, Maxime le Forestier ou  Carla Bruni ont écrit quelques textes plutôt bien troussés qui pimentent un peu l’ensemble. Un concert ronronnant en rythme de croisière sous pilotage automatique qui visiblement semble répondre aux attentes du public. Le seul moment où on  sent de l’émotion sincère qui passe, où le temps semble suspendu, c’est en plein milieu quand il explique la genèse de « l’assassin assassiné » sur des paroles de Jean-Loup Dabadie, un texte de 1978 sur la peine de mort encore en vigueur en ce temps-là et où il évoque le combat abolitionniste de Robert Badinter. Chacun retient son souffle, on est happé par l’intensité poignante de chaque phrase, de  chaque  mot, c’est bouleversant et impressionnant, un summum de communion. Puis, bien vite, on revient à l’univers propret de l’artiste, où les printemps sont forcément ensoleillés, les cœurs débordant d’amour et  l’enfance insouciante.  Ce récital sans surprise se termine sur Cœur de rocker, Melissa ou Ma préférence que reprennent évidemment les spectateurs, ce qui lui évite de se lancer dans des trémolos hasardeux dans les aigus que sa voix ne maîtrise plus. Pour tout dire, le temps qui passe, qu’il évoque si souvent dans ses chansons, est devenu un marqueur incontestable, quelquefois même à la limite du pathétique, et devrait l’inciter à se retirer sur la pointe des pieds, se concentrant sur la musique ou l’écriture pour les autres au risque sinon de passer de Clerc à transparent.  

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