Dandin de la farce

téléchargement (1)C’était un pari que de transposer la comédie de Molière « George Dandin », dans un contexte modernisé, fin des années 50 / début des années 60, car la langue du XVIIème siècle surprend dans un décor de camping avec canisses ou caravane à l’ombre d’un palmier. Et que dire de Dandin lui-même, ce riche paysan contre qui tous vont se liguer, affublé d’un marcel à rayures, biceps et embonpoint apparents, bob fatigué vissé sur le crâne. Tous les personnages sont de la même veine ce qui permet de jouer en permanence de l’anachronisme entre une langue historiquement datée, des rapports intrafamiliaux insidieux complètement surannés, tout en laissant présente la fragilité humaine. Et en plus comme souvent chez Molière on se plait à lire en filigrane un plaidoyer féministe et une critique sociale revendiqués. C’est dire si la barre était haute et que la troupe lotoise du Théâtre du Travers est à féliciter chaleureusement tant elle a su revisiter totalement cette intrigue aux apparences de farce qui cache de fait un drame personnel terrible tant le personnage principal se  trouve perpétuellement nié. C’est d’ ailleurs toute la pertinence de la mise en scène et de l’interprétation que d’avoir su graduellement faire émerger la souffrance intime, bien au-delà de ces joutes amoureuses croisées. On ne sait qui est en prend le plus pour son grade : du parvenu fortuné qui a acheté son titre de noblesse confronté à sa belle-famille toute d’obséquiosité condescendante, de sa « servante dessalée » ou de sa femme dont les anglaises en cascade et l’air faussement ingénue dissimulent une femme d’une perversité redoutable. Séquences au ralenti, chorégraphie des combats, utilisation subtile de la lumière, et bande musicale éclectique, voilà quelques-uns des artifices qui rythment et relancent régulièrement cette histoire en trois actes. Les comédiens très homogènes et  la mise en scène d’Alain Thoquenne concourent avec beaucoup d’intelligence à faire ressortir tous les ressorts de cette tragédie sociale toujours en déséquilibre instable. Et faire jouer le rôle de l’amant par une femme en dit long sur l’évolution des mœurs et des  mentalités, de quoi faire bondir Christine Boutin, laquelle ne manquerait surement pas de fustiger le lobby gay omniprésent comme on sait. Une délicieuse soirée.

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Un commentaire pour Dandin de la farce

  1. On est heureux et fiers pour la troupe du Théâtre du Travers ! et bravo aussi à Jean Dessorty pour son talent d’écriture critique. Observations justes, finesse de l’analyse, oui j’aurais aimé l’écrire ce beau texte, je me contenterai de le mettre en lien sur le site de Pradines. Félicitations du fond du coeur.

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