Il était une voie

téléchargement (1)C’est un film atypique et insolite qui clôturait le cycle de projections sur l’adolescence proposée ce printemps par la médiathèque de Rodez. «  Sylvaine »  de Laurence Kirsch est un portrait au long cours étalé sur 4 ans d’une jeune fille au vécu singulier, un documentaire produit par France 3 Sud et déjà diffusé en octobre 2010 sur les régions Midi-Pyrénées et Languedoc-Roussillon. Nous sommes dans les Cévennes, près d’Alès, climat plutôt rude l’hiver, au cœur d’une forêt de châtaigniers, un lieu de vie pour quelques écocitoyens convaincus qui vivent en harmonie avec la nature. Consommation minimale, autonomie énergétique, caravane, tipi ou maison en paille que l’on construit soi-même, c’est-à-dire aux antipodes du modèle dominant. Et là, Sylvaine qui fait tous les jours deux kilomètres à pied pour prendre le bus qui la conduit au lycée, se doit de composer en permanence entre utopies généreuses, idéaux personnels et  histoire familiale douloureuse pour s’inscrire dans la réalité d’aujourd’hui. Ce n’est ni facile, ni évident, entre le poids sociétal, les enjeux sous-jacents de civilisation induits, la nécessité de grandir ou de se faire sa place… De crise en fugue, de  conflit en volonté de cohérence, c’est avec délicatesse qu’on la suit d’étape en étape, le bac, les études à suivre, l’argent nécessaire pour son autonomie, sa  lucidité désarmante , sa place dans la parentèle, ses relations avec les jeunes de son âge ou avec son boyfriend, c’est un autre chemin toujours à inventer qu’elle essaie de suivre, une émancipation ambivalente, un parcours fait de chaleur humaine et de bleus à l’âme aussi touchant que heurté. Filmé avec une caméra pudique et à la bonne distance de son héroïne, c’est pour Sylvaine autant un soutien indispensable pour s’épancher ou revendiquer sa maturité qu’une intrusion maîtrisée dans son intimité… C’est dire si le pari de nouer des liens intenses et authentiques entre la réalisatrice et la jeune ado était délicat et ambitieux, car les enjeux pour chacune sont différents voire contradictoires. Que ce témoignage vivant et complexe ait reçu la bourse si bien nommée « Brouillon d’un rêve », est symptomatique de la démarche engagée, ouvrir des perspectives sans a priori, juste un instantané sur une existence en construction qui réfléchit sur d’autres mondes possibles… La présence de la réalisatrice dans la salle permettait ensuite de prolonger et d’échanger plus avant sur ce projet.

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