My tailor is Smith

téléchargementIntérieur bourgeois avec tapisseries kitch à larges bandes, dans le fond une momie dans un sarcophage ouvert qui fait office de pendule totalement aléatoire, et sur des sièges en train de deviser de façon complètement incongrue un couple bizarrement accoutré. Lui, bacchantes de lord anglais suranné, en livrée de majordome, lit à l’envers un journal sur-dimensionné,  elle, fourrure sans âge sur les épaules, tricote des rideaux. Bienvenue dans le théâtre de l’absurde d’Eugène Ionesco avec « La cantatrice chauve » pièce jouée à Paris sans interruption depuis plus de 50 ans.  Entre répliques farfelues et sentences définitives, ils dégainent en rafales billevesées et coquecigrues. Débarque la bonne, cheveux péroxydés et talons de drag queen débitant des phrases guère plus cohérentes  et qui possède une armada de balais des plus fantaisistes  en particulier celui tacheté façon dalmatien.  Rajoutez ensuite un couple d’amis ahuris toujours à s’extasier de coïncidences étranges, un capitaine de pompiers qui se plaint de chômage technique, en jeans moulants et petite veste proprette à faire pâlir tous les fans de Village People, voilà rapidement croqués les protagonistes de cette pièce qui démonte méthodiquement langage et vocabulaire, conventions et bienséance jusqu’à les faire exploser en plein vol. C’est juste loufoque et irrationnel à souhait avec des moments de nonsense exquis que ce soit quand les plumeaux de ménage deviennent marionnettes improbables, quand chacun touille synchro le five o’ clock tea de son voisin avec le doigt ou les fleurs au final qui éclosent sur le plancher.  C’est juste d’une incohérente logique à toute épreuve, un délice de fantaisies saugrenues qui désoriente le spectateur et l’oblige en permanence à s’interroger sur le réel ou le possible,  le fantasmé ou le désiré. Quant à la scène finale endiablée, elle tient autant du gangnam style complètement déjanté que d’une comédie musicale rétro made in Broadway… C’est vif et bien enlevé et la troupe des Comédiens au Chariot vraiment très homogène  fait preuve de beaucoup d’allant et de punch mais surtout un grand bravo au décorateur costumier accessoiriste qui a su rendre tangible par ses créations extravagantes cet univers si singulier que l’on pourrait résumer d’un proverbe franco-roumain encore inédit: «Là où y a Eugène, y a du plaisir ».

Prochaines représentations dans leur théâtre de poche de Bourran deux fois  le 27 avril, puis les 24 et 25 mai. Il faut s’y précipiter au plus vite.                                  

                                                     

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