Terra incognita

imagesNous sommes dans un vieux laboratoire du genre diabolique avec son armoire chargée de bocaux remplis de formol, tubes à essai, grimoires et autres joyeusetés comme on l’imagine, un décor digne de Frankenstein ou du docteur Mabuse. Là, dans une semi-pénombre qui les rend encore plus inquiétants, teint blafard et allure satanique, œuvrent en symbiose un savant fou inévitablement flanqué d’un acolyte aussi simplet que dévoué…  Dans « Le laboratorium » sur une mise en scène d’Angélique Friant  pour la Compagnie Succursale 101, se jouent des expériences douteuses d’abord sur des rats avant peut être de les transférer sur des humains. Sérums, virus, dissections in vivo, et même un cerveau qui envoie des ondes régulièrement, grincements de portes et autres bruitages de circonstances, tout concourt pour installer une atmosphère glauque à souhait… Les enfants, puisque ce spectacle peut se voir à partir de 8 ans,  se régaleront de ces personnages effrayants et des gros rats velus manipulés en technique muppet, leurs parents y verront des allusions plus politiques sur les utilisations problématiques que l’on peut faire de la science, des doux dingues qui recherchent l’élixir de la vie éternelle aux plus sinistres comme le Docteur Mengele. Cette exploration des côtés obscurs de l’âme humaine est encore davantage soulignée par le contraste entre les voix stridentes et les répliques glaciales des deux acteurs principaux qui font écho aux  facéties et autres ritournelles que lancent à intervalles réguliers les rats embaumés sur les étagères. C’est un mélange teinté d’humour noir qui interpelle chacun à son niveau sur le pouvoir, surtout celui des blouses blanches, mais aussi quant à l’influence des hommes providentiels sur les citoyens lambda. Docteur Jekyll ou Mister Hyde, ce texte qui cite aussi volontiers Einstein, Darwin ou Galilée, montre combien est ténue la frontière scientifique ou non entre remède miracle et dérive abominable, et combien il faut toujours craindre de chaque progrès ses effets pervers.                                                                                                                                Deux ans quasiment jour pour jour après Fukushima, ça sonne vraiment comme une piqûre de rappel salutaire.                                                                                                                                                                                                                                   

Publicités
Cet article, publié dans Théâtre, est tagué , , . Ajoutez ce permalien à vos favoris.

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s