Grand Frère

               

images (4)Lorsque Barthélémy Morlevent reçoit une convocation de la juge des tutelles, il panique. Qu’a-t-il à se reprocher?  lui que tout le  monde décrit comme « insouciant, puéril et, qui plus est, homo ». En fait rien, c’est juste que du jour au lendemain il va se voir confier la garde de trois frères et sœurs dont il ignorait jusqu’à l’existence car le père a disparu sans crier gare et la mère s’est suicidée. Cette fratrie qu’on lui impose il va apprendre à la découvrir, s’y attacher peu à peu,  la soutenir  et in fine l’adopter. C’est tout ce travail de reconstruction psychologique et mentale, cette dimension nouvelle de relations familiales qu’il faut sans cesse inventer, dépasser et assumer, qui va le faire grandir patiemment jusqu’à lui donner une autre dimension. Cette pièce «  Oh boy ! », comme l’interjection dont il gratifie  si souvent chacune de ses réflexions, est ainsi une plongée vertigineuse au plus profond de sa personnalité, de son intimité, avec justesse, tact et une infinie délicatesse. Il  n’y était décidément pas préparé mais il va faire face, mieux même, il anticipera pour surmonter toutes les difficultés qui s’accumulent, de la terrible maladie de l’un à la tristesse immense de l’autre. De l’hôpital à l’orphelinat, du lycée au palais de justice, mais aussi  bien sûr son propre appartement,  il investit et s’approprie chaque lieu, chaque moment avec une émotion qui devient palpable. Le cœur à vif et l’humour comme garde-fou, le héros trace son chemin et on ne le quitte pas d’une semelle. Sur scène, un comédien unique, Lionel Erdogan, chemise à carreaux, jeans passe muraille et chaussures rouges, qui se démultiplie avec légèreté et enthousiasme. Pour tout décor, une simple armoire qui va se révéler une véritable malle aux trésors, toute d’ingéniosité et de surprises, et surtout une mise en scène époustouflante, entre limpidité et maestria, pour décrypter avec une extrême élégance des atmosphères souvent lourdes et pesantes. Des objets version miniature pour symboliser ici un personnage, là une situation, c’est une façon pudique et distanciée de traduire avec simplicité des thématiques qui résonnent douloureusement en chacun de nous, comme les secrets de famille, l’absence de reconnaissance ou la culpabilité…                                                                                 Cette adaptation par le Théâtre du Phare du livre de Marie- Aude Murail, paru aux éditions Ecole des loisirs, Prix Molière du jeune public 2010, est un modèle du genre, du théâtre qui fait grandir et avancer, et repeint aux couleurs de la confiance le côté obscur de la vie. D’une ambiance crépusculaire sur l’architecture intrafamiliale complexe et au-delà sur la fragilité même de la destinée humaine, ce spectacle a su faire une leçon de vitalité et d’espoir. Aussi touchant que lumineux.                                                                                                 

Publicités
Cet article, publié dans Théâtre, est tagué , , . Ajoutez ce permalien à vos favoris.

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s