Dans les pas d’Abraham

images (3)Avec « Lincoln », son dernier film en date,  Steven Spielberg veut incontestablement magnifier la démocratie américaine. Et quoi de mieux que de faire vivre à l’écran une icône quasi religieuse, la figure tutélaire d’Abraham Lincoln dont le mémorial sur le mail à Washington est un lieu de passage obligé et que dire de  son visage à jamais gravé dans les Monts Rushmore. Ce n’est pas un biopic qui ferait l’apologie en long et en large du 16ème président des Etats-Unis, juste quelques jours de sa vie, ses derniers mois quand il se jette corps et  âme pour faire adopter le 13ème  amendement, celui qui fera date et abolira l’esclavage. Il vient juste d’être réélu pour un second mandat et ce projet l’obsède. On suivra ainsi pas à pas comment il va réussir à arracher une à une les voix qui feront la différence à la Chambre des Représentants, quitte à utiliser l’extrême limite de ses pouvoirs pour convaincre, influencer voire presque se compromettre par beaucoup de sollicitude envers quelques-uns de ses adversaires. C’est une leçon de real politique, quelque chose de l’ordre du compromis entre idéal et  pragmatisme, et l’on sent bien qu’au travers de ces références historiques, le réalisateur nous parle aussi de l’hôte actuel de la Maison Blanche.  La séquence d’ouverture est d’ailleurs à cet égard très symbolique. La guerre de Sécession fait rage, nous sommes en janvier 1865, et le film s’ouvre sur la rencontre sur un champ de bataille entre Lincoln et deux soldats noirs engagés dans l’armée nordiste, lesquels rêvent tout haut d’un futur meilleur pour les gens de leur race dans ce pays. La filiation est ainsi évidente. Mais heureusement on découvre aussi tout au long de ce film qui s’étire sur deux heures et demie, un personnage beaucoup plus complexe et ambigu qu’il n’y parait, père mal à l’aise face à ses fils, mari  hésitant, stratège politique hors pair etc… le tout personnifié par Daniel Day-Lewis qui n’en fait pas trop, et, dont le visage se creuse, le physique se voûte, au gré des évènements.                                  La solitude du pouvoir et la conviction d’incarner l’Histoire, voilà ce qui sous-tend en permanence ce film bien placé pour décrocher dans quelques jours sa moisson d’Oscars.

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