En attendant Beckett

téléchargement (2)Ils sont sept disposés sur une figure géométrique irrégulière, laquelle hésite entre toile d’araignée et constellation d’étoiles, voire se transforme à l’occasion en lignes de fuite, sept personnages qui attendent là, fixant pleine face le public, lequel s’installe lentement dans la salle de la M.J.C. de Rodez. «  Ni intérieur, ni extérieur, juste un plateau de  théâtre… »  c’est ainsi que commence la pièce de Filip Forgeau « Celui qui, Samuel B. » qui était à l’affiche mardi soir. Pas de décor,  juste un piano qui accompagnera en direct d’une musique aussi légère qu’insouciante, ces comédiens. Au hasard de leur rencontre ou plutôt de leur quête d’identité, leurs réflexions se succèdent sur l’absurde et l’impuissance du langage, le sens des mots que l’on dissèque jusqu’au plus profond, les relations complexes et étroites entre le corps et l’esprit, le réel et le poétique, la conscience de la folie ou la lisière ténue de sentiments contradictoires et improbables. Avec juste pour accessoire le même chapeau melon qui leur sert de signe de reconnaissance,  ils s’apprivoisent, s’apostrophent, se tancent, se défient ou s’interpellent… Cette quête de leur intimité la plus secrète, la plus enfouie ou la plus improbable ne nous laisse pas indiffèrent. Et le parachutiste venu d’ailleurs, dont on ne sait rien, cristallise par dérision, tous les paradoxes des autres acteurs qui se dissolvent dans le huitième personnage, Celui qui… sait ou croit savoir, témoigne ou se confesse, existe ou non… C’est dire si « ce théâtre contemporain » où, « comprenne qui pourra » revient aussi comme un leitmotiv, demande de la part du spectateur une attention soutenue et une disponibilité intellectuelle de tous les instants. C’est du théâtre qui lie l’extrême rigueur, l’aridité presque d’un texte dense, et la synchronisation ultra-précise de l’interprétation.                La troupe millavoise La Compagnie éphémère de Philippe Flahaut et ses « comédiens différents » propose à intervalles périodiques de tels moments pour s’aventurer sur les marges et décrypter l’enfermement du vocabulaire et ses limites, le fracas des discours, que symbolise ironiquement l’avalanche finale de gravats qui envahit la scène devenue déserte.  D’une logique implacable.                  

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