La sémantique est un combat

téléchargement (3)C’est une leçon d’Histoire magistrale à laquelle étaient conviés, tant le public scolaire en journée, que leurs parents en soirée, à la Maison des Jeunes de Rodez. Au programme « Roland, la vérité du vainqueur », tout est dans le sous-titre très juste, une pièce que présentait le Théâtre de la Pire Espèce, une bande de joyeux lurons tout droit échappés de leur Québec. Une mise en scène ingénieuse au possible, laquelle mêle ombres chinoises, lanterne magique, marionnettes stylisées, bruitages plus ou moins farfelus, conteurs épiques in vivo mais surtout un discours d’une rare perspicacité, voilà la recette de ce cocktail détonnant. En toile de fond, dans tous les sens du terme, La chanson de Roland , un des tout premiers récits, d’abord de tradition orale avec tout ce que cela sous-entend d’arrangements avec la Vérité, puis ensuite largement diffusé par la grâce de l’imprimerie naissante. Derrière les affrontements de « guerre sainte » entre Chrétiens forcément de preux et valeureux chevaliers face à des Sarazins et autres maures, fourbes par nature, c’est une analyse d’une intelligence exemplaire qu’il faut décrypter : les notions de péché, de paradis, de légende, autant de mots qui ne sont que paravents à idéologie dominante, air du temps et compromis. Cette démonstration implacable que l’Histoire officielle ne s’écrit que dans le sillage des vainqueurs, et, corollaire, justifie nombre d’excès, interroge à tout moment. La guerre, pilier du commerce, de la religion, du profit etc… les mots ou les images au service de  croyances ou de philosophies politiques, c’est le cœur de cette tragicomédie, le triomphe des uns ou la défaite des autres, n’étant que les deux  revers glacés d’une même  médaille. Et toute l’intelligence de ce spectacle superbe, c’est de rappeler, entre apartés face au spectateur ou mise en perspectives, qu’il faut constamment garder à l’esprit que derrière chaque discours se jouent conflits d’intérêts et revanches doctrinales. Résistants ou terroristes, mur de la honte ou de protection, al-Naqba ou guerre d’indépendance, Palestine ou Territoires occupés, information ou propagande, Président ou Chef d’Etat, Talmud, Bible ou Coran, Peuples des Premières Nations ou Indiens hollywoodiens , mythique Uluru  rebaptisé Ayers Rock , Ministère du développement ou de la coopération … les mots font sens et ne sont jamais neutres. Ponctuée de cartons en lettres gothiques très médiévales, c’est une leçon pérenne, entre morale, histoire et géopolitique qui interpelle chacun et change son regard sur autrui, une victoire de l’intelligence et du libre arbitraire sur le discours formaté et les idées reçues.                                                                     « Tant que les lions n’auront pas leurs historiens, les récits de chasse tourneront toujours à la gloire du chasseur », cette citation de l’écrivain et ethnologue malien Amadou Hampâte Bâ résonne toujours de pertinence éclairée. Une réussite absolue.

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