Toi Raymond, moi Jane

téléchargement« J’ai l’humeur à l’humour » c’est ainsi que Jane déboule sur la scène de La Baleine pour son one woman show, «  De Vos à moi » , un spectacle entièrement bâti autour des textes de Raymond Devos, disparu il y a déjà six ans. Plus qu’un hommage tout en dévotions convenues qui ne serait que pâle imitation sans intérêt, et probablement pas à la hauteur, Jane avec toute la fraîcheur et la spontanéité de son jeune âge, sans complexe, revisite avec sa malice et sa candeur tout le répertoire de ce clown philosophe, grand maître du paradoxe et du jeu de mots. Elle réussit à réinventer des sketches archi-connus pour leur redonner du brillant et de l’éclat, faisant fi de la patine des années. Elle les remet en perspectives les uns avec les autres, inventant des enchaînements,  théâtralisant les situations, jouant de mimiques et de clins d’œil, s’appuyant au besoin sur la complicité des spectateurs qui se prêtent volontiers au jeu, tant chacun se délecte de ces pitreries intellectuelles, merveilles de non-sens absolu ou de logique implacable. Une silhouette fluette  dans un pantalon à noir à fines bretelles, un petit haut tout blanc et des chaussures accordés, une longue queue de cheval, aucun doute, Jane revendique haut et fort élégance et féminité aux antipodes d’un modèle qu’elle sait inimitable. Elle ne mâche pas ses mots et se glisse avec bonheur dans ces farandoles d’équivoques joyeuses ou de quiproquos gourmands,  mais avec sa façon bien à elle de faire exploser le vocabulaire ou les expressions toutes faites, de renvoyer dans les cordes tics de langage ou phonétique à double sens. Dans le genre, sa tirade sur les écolos daltoniens est  vraiment une petite merveille de mécanique de précision diabolique à souhait. Ce spectacle ponctué ici et là d’une chanson de Giani Esposito « le clown se meurt »  ou d’un couplet de Brassens est vibrionnant de folie douce contagieuse, sans dessus-dessous pour jongler avec les mots, toujours rebondissant de billevesées en coquecigrues, de fariboles en chimères pour titiller l’intelligence de chacun.                             Mis en scène et en lumière avec maestria, ces textes restent des bijoux d’humour acrobatique dont Jane a su renouveler l’écrin.                                                                                                                                                                                                

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Un commentaire pour Toi Raymond, moi Jane

  1. REY Michel dit :

    Comme c’est bien dit! Oui, c’étaient deux  » couillons », pas tout à fait finis, qui avaient une adresse à manier l’équilibre et à innover. Ils font de leur spectacle, un agréable moment d’adresse à la limite du cirque et de la  » clownerie ». On sort en pensant : Bravo, ils sont très forts car au-delà des prouesses de mimique, il y a des prouesses sportives , comme les trois minutes durant lesquelles la jeune fille, sourire aux lèvres, reste suspendue au trapèze, les jambes à l’équerre, attendant que son compagnon veuille bien réapparaître et trouver une solution pour la faire descendre.
    Une suggestion au journaliste: il faudrait qu’il voit le spectacle avant, pour que son article passe la veille de la représentation, car à la lecture de ses lignes on ressent la joie d’y avoir assisté ou le regret et la tristesse de ne pas l’avoir choisi.

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