Pris dans les taux

imagesPièce de théâtre magistrale que celle présentée jeudi soir à la Baleine. Un texte et une mise en scène de Bernard Falconnet « 2-3 grammes » avec une seule interprète sur le plateau  pour incarner tous les membres d’une même famille répondant au nom de Martin, un des plus portés dans notre pays, histoire de bien insister sur le côté banalité effrayante. Un décor extrêmement dépouillé avec justes de longues tentures blanches et une chaise que Line Wiblé, l’actrice, tour à tour s’approprie ou repousse, c’est selon.   La mère portée sur la bouteille depuis longtemps et dont le taux d’alcoolémie donne le titre à la pièce, vient de s’effondrer dans sa cuisine, traumatisme crânien et fracture du fémur… angoisse légitime et affolement. Les trois filles aussi différentes que possible essaient d’entourer  leur père déboussolé. Ce sera l’occasion pour chacune d’exister, entre frictions et incompréhensions, jalousies et reproches… On retrouve la figure de l’intello parisienne, prof de  philo à la Sorbonne, qui  cite volontiers Cioran, Pavese et le suicide, ou Michel Onfray  et sa théorie du « corps amoureux et de l’érotisme solaire », celle qui déprime ou culpabilise, ou celle qui veille depuis toujours sur les parents… Dans le miroir que chacune renvoie aux autres, se lisent les illusions perdues, les amours contrariées ou les fêlures intimes. Quant à la figure paternelle, de discours convenus devant l’amicale des boulistes ou devant les résidents de la maison de retraite qui l’accueille, seuls quelques vers de Verlaine ou des souvenirs de sa vie d’avant, lui servent d’exutoire. C’est dire si l’atmosphère est franchement morose voire irrespirable, les coups de griffes nombreux et les blessures vivaces. Mais le texte est d’une telle richesse, d’une telle intelligence, tout en virtuosité et profondeurs,  avec même ici et là quelques respirations d’humour, et la comédienne campe chaque protagoniste avec une précision diablement astucieuse, juste un regard, une posture ou un geste, que l’on reste scotché du début à la fin devant ce spectacle admirable.                                                                               La mise en scène aussi discrète que fluide s’appuie sur la lumière ou quelques notes de musique pour rendre palpable le tragi-comique du quotidien  ouvrant ainsi des abîmes de réflexions. Du théâtre subtil, intense et flamboyant.

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