L’intime du karma sättra

images (1)La salle grand écran de la médiathèque de Rodez était archi-comble, bien avant l’heure, et pourtant on avait rajouté nombre de chaises. Au programme «  Dans les brumes de Majuli » un documentaire d’Emmanuelle Petit déjà diffusé sur Arte ou France 5 notamment, sur les traces de Nadine Delpech, laquelle était présente, à la rencontre des moines hindouistes qui habitent dans cette île fluviale cernée par le Brahmapoutre. Au fin fond de l’Assam, un état reculé à l’extrême est de l’Inde,  ils vivent hors du temps dans des sättra, des monastères ouverts à tous, parfaitement intégrés dans la population locale, élevant leurs vaches ou cultivant riz et légumes pour leur consommation personnelle. Mais ce qui fait toute leur singularité, c’est d’abord et avant tout la façon dont fonctionnent ces lieux. C’est là, dans le culte de Krishna, à qui ils vouent toutes leurs vies qu’ils ont développé une philosophie existentielle tout à fait surprenante au prisme des yeux occidentaux. Dès 4/5 ans, de très jeunes garçons souvent cabossés par le destin ou la pauvreté familiale sont confiés aux bons soins des plus anciens, lesquels les élèvent au sein d’une structure qui mêle plusieurs générations et où chacun trouve sa place. Là, ces jeunes novices reçoivent un enseignement au long cours sur les arts, en particulier la danse sattrya, laquelle a été élevée au rang de danse classique de l’Inde en 2002. Des heures et des heures d’entrainement quotidien conjugués à des maquillages sophistiqués où, comme dans  le théâtre nô ou le kabuki, l’androgynie est la règle, sont indispensables pour se dépasser et tutoyer la grâce. Complicité spirituelle asexuée en lieu et place de désir charnel sont l’essence de cette forme artistique extrêmement épurée, que subliment des  costumes d’un blanc virginal, des corps délicatement sculptés et des cheveux longs très bien coiffés. Tout respire candeur, sérénité et ferveur bien au-delà de la seule dévotion et cette « lumière des visages » devient transcendance partagée. Cette projection était rehaussée de la présence de deux de ces moines, Gobinda  Kalita et Bhabananda Barbayan, lequel est une star dans son domaine. Une discussion enrichissante s’engageait ensuite autant sur les troubles écologiques de la région souvent soumise aux inondations ou à la déforestation  que sur la fragilité de cette communauté artistico- monastique.                                                                                                      Un film aussi subtil que nécessaire.                                                                                                                    

Publicités
Cet article, publié dans Cinéma, Divers, est tagué , , . Ajoutez ce permalien à vos favoris.

Un commentaire pour L’intime du karma sättra

  1. foissac helene dit :

    Ce beau film nous transporte au coeur de l’Assam où nous avons retrouvé toutes les émotions éprouvées lors de nos voyages sur l’ile de Majuli, où nous aimons nous attarder chez les Moines Danseurs devenus nos amis.
    Hélène, Rosy…….

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s