Homeless

téléchargementC’était un spectacle d’une force et d’une émotion incroyables que «  La géographie du danger », un solo de danse adapté d’un roman d’un journaliste algérien Hamid Skif par la compagnie Hors Série. Un décor extrêmement dépouillé avec d’un côté une table minimaliste, sa chaise, et, dans un coin une couche sommaire. Tout ce mobilier de bric et de broc rendu d’autant plus dérisoire que dans le fond on découvre des dalles immenses, d’une géométrie angoissante qui symbolisent un mur sans fin,  infranchissable, sur lequel le héros se heurte et rebondit d’impuissance encore et encore. En voix off, l’histoire terrible de pauvres malheureux en quête d’un ailleurs forcément magnifié, et un leitmotiv « il faut …!  au choix : fuir, taire la faim, concasser la peur … » et en écho «  le vocabulaire des esclaves : travail, manger, payer … ». Oppressant et crépusculaire. La musique saccadée, aux sonorités obsessionnelles, envahit la pénombre qui enveloppera quasiment de bout en bout, ce spectacle qui fait d’un clandestin dévoré d’angoisse, écrasé de solitude et l’estomac vide, le personnage principal. Avec une chorégraphie tendue à l’extrême où certains gestes tiennent presque de la boxe de survie, dans des lumières souvent stroboscopiques qui à la fois figent et décomposent les mouvements, tout n’évoque que précarité, lucidité du  désespoir et tumulte de l’âme. D’abord noyé dans un immense pardessus, puis ensuite torse nu, éclairé souvent de biais, ce qui rajoute encore une touche de fatum implacable,  Hamid Ben Mahi, incarne avec une puissance inversement proportionnelle ce pauvre hère,  quasi oublié de tous et dont on pressent la fin tragique.  C’est poignant de détresse rongée, rendue encore plus palpable par une gestuelle souvent  recroquevillée, renversée, terrée voire rampante, lui qui ne peut jamais sortir de cette mansarde, prisonnier anonyme et sans aucune identité. Cette épopée  suicidaire que rappellent sans cesse des lignes symboliques de frontières intérieures autant qu’ extérieures, transcende une réalité sordide, hélas toujours d’actualité, en témoignage bouleversant. Et l’on vibre alors de solidarité avec l’étranger refoulé et ignoré au gré des circonstances politiques et sociales , fut-il kurde, berbère, tchétchène ou chilien… Il faut voir ce spectacle magnifique de bout en bout, tout d’empathie humaine et sa fin hypnotique façon derviches tourneurs en transes,  avec les yeux de la révolte salutaire et de l’engagement déterminé.                                                                                         En prolongement, au foyer, retentissaient les notes de Marc Vella, le pianiste nomade, en avant-première de la journée mondiale du Refus de la misère commémorée par ATD Quart Monde, qui fait de son instrument dont il triture allègrement les cordes, une étincelle chaleureuse au milieu de la galère ambiante.                                                                                           

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