Rendez-vous en terre connue

téléchargement (3)Ainsi donc samedi était venue l’heure de voir en continu les trois tableaux de « L’inondation » résultat de la résidence de création mutualisée portée par le Pays Ruthénois  sur une large partie  du département. Disons le tout de suite, ces  trois moments sont inégaux, c’est surement dû au fait que trois auteurs différents  ont travaillé sur ce projet. La première partie « la source » est laborieuse, entre les clins d’œil à l’actualité de la cascade de  Salles-la-Source et son détournement dans un but lucratif par un privé sans scrupule d’un bien commun  et la nécessité de planter le décor avec le personnage principal de ce russe échoué sur ces terres rouergates. Le deuxième acte «  la crue » qui voit la confrontation entre celui-ci et quelques spécimens de gens du terroir, notamment celui pétri de mysticisme toujours prompt à citer la Genèse, lesquels sont coincés  dans un huis clos oppressant suite au déluge, est déjà plus intéressante car elle fait exploser nombre de conventions. Au drame de l’immigrant sans papiers imbattable sur Soulages, Artaud ou les chemins de grande randonnée tant il connait par cœur tout ce qui touche à ce pays dans  lequel il veut absolument s’intégrer et se fondre,  répond la suffisance onctueuse du maire du village imbu de sa personne, lequel sera contraint, à l’insu de son plein gré, de délivrer le sauf- conduit indispensable. La conclusion « l’immersion » est de loin la partie la meilleure, par son coté plus condensé, une écriture plus incisive et percutante qui ouvre des perspectives et évite quelques caricatures polluantes que l’on a frôlé par ailleurs, genre antagonismes Paris/Province, rural/urbain, ploucs bouseux et gauche caviar solidaire. Dans cet ovni théâtral et musical pèse parfois trop le coté commande avec ses impératifs induits à respecter, genre clip tout à la gloire de l’Aveyron, ses habitants forcément chaleureux etc… qu’on pourrait résumer syndrome Bienvenue chez les Chtis, mais fort heureusement la Compagnie Du pain sur les Planches a visé dans le mille. Une machinerie impressionnante et ingénieuse, radeau de la méduse ou rideaux de pluie notamment, au service d’une mise en scène inventive et astucieuse, et non l’inverse, des acteurs qui jouent juste avec une mention  spéciale à Pierre-Louis Gallo dans  le rôle principal, toujours à nager à contre-courant, multipliant les actes de bravoure pour arracher le précieux sésame, qu’il incarne avec la malice nécessaire matinée d’un soupçon d’impertinence du meilleur gout, voilà ce qui fait la quintessence de ce spectacle joyeusement iconoclaste.

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