Les fils d’Ariane

téléchargement (1)Pour son  premier spectacle d’ouverture, La Baleine avait voulu faire les choses en grand. Proposer à l’un des plus célèbres comédiens du théâtre contemporain une scène nouvelle, dans une salle résolument au top,  histoire d’ancrer au plus profond spectacle vivant et mémoire culturelle. Car avec Philippe Caubère, dont le nom restera à jamais associé à l’aventure du Soleil d’Ariane Mnouchkine et à la cartoucherie de Vincennes, « Urgent crier » où il incarne André Benedetto fondateur du festival off d’Avignon et directeur du Théâtre des Carmes pendant plusieurs décennies, c’est un dictionnaire amoureux de cet art que l’on va feuilleter. Des moments de notre patrimoine commun, hantés par des figures tutélaires telles Jean Vilar bien sûr mais aussi Antonin Artaud, Maïakovski ou Gilles Sandier. Dans ce firmament d’étoiles, certaines filantes d’autres aveuglantes, mieux vaut, pour se repérer, une boussole indispensable , et Caubère/Benedetto nous en propose une, orientée obstinément plein sud,  là « où le théâtre populaire, méridional et méditerranéen devient gastronomie ». Accompagné de documents d’actualité projetés en vidéo qui font ressurgir toute l’ utopie effervescente de mai 68 mais aussi, au besoin, la voix torturée d’un Artaud écorché de lucidité, cette plongée devient autant un exutoire qu’une rédemption. La diction, la gestuelle, les mimiques, l’accent tout concourt à cette métamorphose sublimée, des regards croisés d’une exigence rare sur le sens des  mots, le questionnement sur la place de l’art… c’est à la fois réflexion politique et nécessité de l’engagement,  radicalité et  intelligence, un discours en abime plus qu’en certitudes, qui réhabilite l’imaginaire et la passion. Pour rendre cela encore plus actuel, l’acteur empoigne de temps à autre un micro pour chanter, slamer ou hurler, c’est selon, accompagné d’une  guitare  aux accents métalliques ou ensoleillés et d’autres fantômes envahissent alors la salle, de Jagger à Dylan ou Hendricks. Ce manifeste pour le respect et la dialectique par opposition à la démagogie et à la médiocrité dominante, est pétri de sincérité subjective et de sérénité exaltée qui fait plaisir à entendre. Dommage que seule une grosse moitié de la salle fût remplie, car ce spectacle d’une absolue nécessité, bruissant de fureur contenue et de tendresse pudique est un plaidoyer définitif et émouvant qui illustre parfaitement une double évidence : « ensemble le théâtre citoyen nous rend meilleurs … et il se doit d’être un service public comme l’eau, le gaz ou l’électricité »,  prophéties et essence même du Théâtre National Populaire.

Publicités
Cet article, publié dans Théâtre, est tagué , , . Ajoutez ce permalien à vos favoris.

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s