Ces chaussettes, c’est le pied

Timides les neuf apprentis comédiens, trois hommes et six femmes, qui se présentent sur la scène du petit théâtre de poche du Chariot à Bourran. Quasiment tous débutants, hormis les années lycées, ils présentent le travail d’une  première année d’école sous la direction de Laurent Cornic, leur professeur, lequel leur a  proposé une pièce intitulée « On n’est pas sorti du placard » de Nathalie Dewoitine. Une histoire assez fofolle, à savoir les élucubrations de plusieurs paires de chaussettes égarées ou oubliées au fin fond d’un tiroir d’une commode héritée de la tante Henriette et qui date du XVIIème siècle. C’est l’occasion de lancer une succession décalée de  réflexions et d’aphorismes sur la société actuelle vue depuis le ras du sol. Car il s’en passe des choses dans ce microcosme de chaussettes trop souvent invisibles, entre enjeux de pouvoir, rejet de l’étranger, glorification du made in France  et autre…  Pure laine aristo ou fil d’Ecosse, coton perlé ou écolo bambou, viscose ou élasthanne, acrylique prolo ou bas résille, la lutte des classes au  niveau des chevilles qui enflent, c’est leur quotidien. Rapport au calcaire ou à l’adoucissant en bandoulière, carte d’identifiant en guise de laisser-passer, dans le « beau linge » on cloisonne, on trie, on segmente, pour tout dire on ostracise… Les personnalités se révèlent: de la syndicaliste toujours partante à celle encore toute retournée d’avoir découvert les délices du plaisir via la médisante toujours prête à baver sur les collègues, la salonarde snob jusqu’au bout des orteils ou l’authentique routarde à l’accent québécois, c’est à une galerie de portraits que l’on assiste. Bien sûr il ne faut pas chercher dans ce genre de théâtre ce qu’il n’a pas à offrir. C’est léger et aérien comme du tulle, un texte qui ne fait pas forcément dans la dentelle mais capable de coups de  patte de velours à l’occasion, tricoté à mailles inégales, un patchwork sans prétention que les comédiens tissent de convivialité réjouissante et de complicité feutrée.                                                                                                Et la tradition était respectée qui veut qu’à la fin du spectacle se retrouvent sur scène le public et les acteurs pour partager un verre et un morceau de gâteau en devisant en toute simplicité amicale.

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