Des Grimm et du sang

téléchargement (8)Cette semaine à la Maison des Jeunes de Rodez était présentée la version adulte « RotKäppchen » par la compagnie Divergences, de l’adaptation du célébrissime conte populaire, le Petit chaperon rouge. Là, place à une interprétation autant psychanalytique que contemporaine, avec sur scène deux danseurs qui se jaugent, se défient, se provoquent, marquent leur territoire avant de mieux s’empoigner dans un corps à corps violent et destructeur, aussi funeste que physiologique. Et question chair, sang et autre viande  voire gibier, on ne lésine pas. D’hémoglobine ruisselante en morceaux bien épais, l’espace chorégraphique ne cesse de se colorer de taches envahissantes, d’un rouge d’une symbolique évidente, elle, blessée, dévorée, dépecée, violée peut-être, lui, hébété, prédateur, féroce, tout en crocs carnassiers et mâchoires cruelles, qui déchire et se goinfre à tout va. Des images comme celles de Dracula, d’Hannibal Lecter, ou de la robe en viande crue de Lady Gaga nous reviennent en mémoire, le cannibalisme étouffant et revendiqué se mêle à une volonté de possession exacerbée, Eros et Thanatos s’enchevêtrent pour le meilleur et le pire. Les deux partenaires sont dans une relation d’une intensité brutale, animale et perverse, chacun tour à tour dominant et dominé, des rapports hautement sado- maso assassins et telluriques se construisent, aussi fascinants qu’inquiétants. Plus le temps se dilate, plus cette relation se développe, se complexifie, se radicalise, plus on est interpellé. Violente et destructrice,  apprivoisée ou sauvage, brûlante  et  bestiale, on reste figé devant ce déchaînement de sensualité brute où les corps se dissolvent en  matière flasque, pesante et inerte, tout le contraire de l’énergie sexuelle revitalisante qu’ils induisent. Mortifère et névrotique,  l’extase paroxystique, partagée ou non, explose puis s’éloigne et s’achève,  laissant un gout étrange dans les cœurs et les âmes… Une musique entre guitare électrique aux sonorités distordues et synthétiseur obsédant, des lumières, tour à tour néons blafards ou éclairs fulgurants, absence de décor, tout  renforce cette sensation de passion inextricable et insoluble, dévorante dans tous les sens du terme, de celle qui effraie par son intensité aussi vénéneuse qu’hautement transmissible.                                              Chapeau aux deux artistes, Cécile Grassin vertigineuse de féminité, et Sylvain Huc par ailleurs chorégraphe, tout en paradoxes, pour nous servir crument un tel défi de démesures ouvrant vers un abîme infini.                                                                                                                                                                                               

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