A coeur et tombeau ouverts

images (3)Ils n’ont pas une minute à perdre ces deux petites frappes anonymes, costard cravate pour l’un, blouson de cuir pour le plus jeune. Ils sont installés, dans une grosse Mercedes qui file à vive allure. Dans cette nuit noire, seuls les phares des voitures croisées éclairent un tant soit peu leurs silhouettes. Ils se hâtent car ils ont une sale besogne à accomplir, se débarrasser au plus vite d’un cadavre, un  de plus, celui d’un arabe qu’ils ont chargé dans leur coffre, un clandestin qu’ils vont faire disparaître au fin fond de l’Espagne. Pour eux c’est presque de la routine, le trajet ils le connaissent parfaitement vu que c’est déjà leur 29ème victime. Pauses rapides pour se soulager ou se restaurer, ils roulent encore et encore et se surprennent à discuter ensemble, à se découvrir, à échanger. Dans leur conversation à première vue anodine on sent sourdre angoisse ou regrets, inquiétudes ou questionnements. C’est ainsi une succession rapide de courtes scènes avec des dialogues qui hésitent entre philosophie de comptoir avec ses relents de racisme et de veulerie et réelles interrogations sur la valeur de la vie humaine. On parle crûment de sexe et de mort, de culture ou de religion, mais avec  cynisme ou dérision, entre formules chocs ou aphorismes décalés qui donnent à ce road movie nocturne et funeste  une teinte désespérément glauque et grinçante. C’est d’ailleurs accentué par une musique live au synthétiseur et des lumières toujours de biais ou à mi-hauteur qui enveloppent les deux personnages dans un halo constamment blême, autant de sources de doute constant car on ne se sait jamais comment recevoir leurs réflexions mi-doctrinales, mi- rêveuses, ce qui explique le malaise diffus qui imprègne toute cette pièce. Avec le texte de Carlos Eugenio Lopez et sa version théâtrale par la compagnie Interlude T/O, on s’ébroue dans les marges de l’âme humaine, s’immergeant entre profondeurs de l’inconscient et écume du quotidien.                                                                                                      Et quand à la fin l’immense plastique noir qui servait de linceul, devient bâche pour recouvrir le véhicule, on ne sait si ce mauvais cauchemar prend vraiment fin ou ouvre au contraire un abime de problématiques sur les sentiments ambigus que chacun a pu éprouver tout au long de cette pièce imprégnée d’un humour brutal, cassant,  très noir et volontiers provocant

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