Tous pour Clara

téléchargementSpectacle insolite par la forme, exceptionnel par sa densité, voilà comment on pourrait en quelques mots traduire le sentiment que l’on a, après avoir vécu «  L’histoire de Clara », un concert narratif donné  par la compagnie (Mic)zzaj, proposé conjointement par les J.M.F. et l’association Antonin Artaud dans  la Chapelle du même nom. Ce théâtre sonique a été présenté à plus de 500 élèves, du CM2 jusqu’au lycée, pendant la semaine. Là dans ce lieu singulier, sont disposés des coussins à même le sol et des casques audio individuels pour chaque spectateur. Un espace volontairement réduit où le public est presque prisonnier entre des musiciens d’un côté,  un micro de l’autre….                                                                                                                              Au  départ, il y a un  livre de Vincent Cuvellier paru en 2009 aux éditions Gallimard secteur jeunesse qui raconte le parcours extraordinaire d’un bébé de quelques mois depuis les grandes rafles de 1942 au Vel d’Hiv et ailleurs, jusqu’à la libération. Une famille juive  par une belle journée de cet été funeste  s’en va  pique-niquer au jardin d’acclimations et  de retour à son domicile, se voit embarquée par la police française au service des allemands par le malheur d’une dénonciation d’une concierge malveillante. Seul, un petit bébé emmailloté dans son couffin est caché dans un ascenseur … et l’on suivra tout au long du récit la chaine de solidarité incroyable qui va se mettre en action : d’abord une vieille voisine aux jambes fatiguées qui hésite, Sœur Marie-Louise ensuite en son couvent, son cousin Georges au parler rocailleux chez qui elle s’est rendue en vélo pour cacher le nouveau-né, lequel craque pour sa « Clarinette »… Il y aura même un soldat allemand qui ne l’emmènera pas jusqu’à la Gestapo, des résistants branchés sur Radio Londres qui la recueillent et la cachent chez une rebouteuse en rase campagne laquelle héberge déjà un autre fugitif  et enfin chez Nina qui dirige une maison d’enfants… C’est là que par miracle elle retrouvera Rachel sa grande sœur rescapée de Birkenau  par la grâce d’une berceuse,  celle-là même qui les apaisait, chantée par la voix maternelle. La boucle est bouclée et ce n’est pas par hasard si cette mélodie murmurée symbolise l’espoir et la vie car dans ce spectacle, outre ce texte d’une force incroyable, la musique tour à tour sombre ou plus légère, entre percussions métalliques, ordinateur obsessionnel ou contrebasse douloureuse joue un rôle à part entière. Mais c’est surtout Olivia Kryger qui conte merveilleusement bien cette tragédie heureuse, qui est l’âme de cette histoire. Elle la rend palpable, charnelle presque. Par sa voix qu’elle module incroyablement, le ton toujours juste,  le phrasé ou les intonations, sa présence en un mot, que chacun ressent démultipliée dans son casque audio individuel, elle réussit à installer une atmosphère, distille des images où chacun se projette… tout transcende ce spectacle vraiment prodigieux d’intelligence et de grâce. Rarissime.

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